A propos de la résurrection de Yéchoua’!

Un proverbe affirme que celui qui pose une question paraît stupide un instant, tandis que celui qui n’en pose jamais le reste toute sa vie. Je ne sais pas si cela se confirme toujours dans le quotidien de chacun, mais il est certain que s’agissant de Yéchoua’, Messie d’Israël, les questions et les doutes ne manquent pas, et pas seulement parmi les Juifs.

Très concrètement, c’est surtout de l’ignorance que naissent la plupart des interrogations. Certaines réflexions et affirmations proviennent aussi de préjugés et d’idées reçues sur le Messie. Enfin, toutes sortes d’intrigues impliquant des Juifs et des non-juifs ont ponctué l’Histoire, marquant au passage dans chaque siècle des esprits forts et faibles pour le meilleur comme pour le pire.

 

Les questions qui suivent ont été posées par des personnes juives n’ayant pas nécessairement accepté Yéchoua’ comme Messie. Elles auraient pu en poser bien d’autres, mais à ce stade, c’est celles-ci qui m’ont été transmises expressément. Sans éluder les sujets les plus difficiles, je préfère dire d’emblée que je n’ai pas forcément de réponses claires et parfaites à toutes ces questions. Du reste, certaines d’entre elles me font poser aussi d’autres questions. Par ailleurs, les limites matérielles du journal ne permettent pas de répondre de façon exhaustive à toutes les attentes. Je m’en excuse à l’avance.

Lorsque l’on aborde la personne de Yéchoua’ (Jésus), il n’existe pas de dialectique imparable qui démontrerait « scientifiquement » le caractère messianique et même divin de Yéchoua’. Et même si une telle démonstration existait, je ne suis pas certain qu’elle emporterait l’adhésion de tous. Les démons croient aussi que Dieu existe (Jacques 2.19), mais cela ne change rien à leur existence.

Notre sujet ne relève pas non plus des mathématiques, de la science ou même d’une connaissance empirique. Pour autant, quoique séparés dans l’histoire par près de 2000 ans, une partie de la réponse est nécessairement basée sur le témoignage de multiples sources, littéraires, archéologiques, etc.

La réflexion est aussi théologique bien sûr, construite sur la base de la foi dans les Ecritures (la Torah et les Prophètes, de même que le témoignage des apôtres dans la Brit ‘Hadacha). L’authenticité et la fiabilité des textes sont elles-mêmes démontrables et beaucoup s’y sont penchés avec rigueur. Tant et si bien que nous disposons aujourd’hui de ressources manuscrites sans commune mesure avec ce dont pouvaient disposer les générations passées.

J’ajouterai aussi une dimension qu’il est difficile peut-être pour le commun des lecteurs d’apprécier. C’est celui du témoignage qui résonne comme une évidence : celui du tombeau vide. En effet, la mort de Yéchoua’, comme celle de n’importe quel individu, aurait dû mettre un terme à l’aventure évangélique des disciples. La parenthèse extraordinaire du premier siècle aurait pu se refermer « naturellement » avec la mort du maître. Certains avaient peut-être même envisagé que le corps du défunt soit vénéré en un lieu unique et soit l’objet d’un pèlerinage pendant des siècles. Il n’en a rien été.

Tous les grands hommes, et a fortiori les messies de toutes sortes, ont connu une issue fatale et ont sombré au fil du temps dans les limbes de l’oubli.

Les patriarches sont morts depuis longtemps et la plupart ont encore des tombes qui peuvent être visitées. Moïse lui-même a rempli son ministère puis s’en est allé. Les prophètes ont tous marqué leur temps puis sont morts, parfois même assassinés. Alors pourquoi Yéchoua’ ferait-il exception ?

Certains objecteront peut-être qu’après la mise au tombeau, les disciples sont allés « voler » le corps pour ensuite faire courir le bruit qu’il était ressuscité. C’était une crainte partagée par les sacrificateurs et les pharisiens. Aussi demandèrent-ils que le tombeau soit gardé et surveillé par des gardes armés. Une première dans ce genre de récit.

Matthieu 27.62-66.

Le lendemain, c’est-à-dire le jour après la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens allèrent ensemble trouver Pilate et dirent : Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore : « Après trois jours je me réveillerai. » Ordonne donc qu’on mette le sépulcre sous surveillance jusqu’au troisième jour, afin que ses disciples ne viennent pas dérober le corps et dire au peuple : « Il s’est réveillé d’entre les morts. » Cette dernière imposture serait encore pire que la première. Pilate leur dit : Vous avez une garde ; eh bien, mettez-le sous surveillance comme vous l’entendez. Ils s’en allèrent donc et mirent le sépulcre sous surveillance, en scellant la pierre et en postant la garde.

Toutes les mesures ont donc été prises pour éviter que se construise une « imposture » fomentée par les disciples. Du moins, selon les dires et craintes des chefs religieux de l’époque.

Objectivement, pourtant, une telle crainte était inconcevable. Au cours des heures qui précédèrent l’arrestation de Yéchoua’, aucun des disciples n’imaginait la mort du maître. Elle n’était pas même envisagée comme une option et certains, au moment de l’arrestation dans le jardin, cherchèrent encore à se défendre par les armes (Jean 18.10).

Il n’y a ni anticipation ni préparation d’un quelconque plan B, d’une solution de « secours ».

En réalité, pour les disciples, la mort de Yéchoua’ ne pouvait être que le pire des scénarios.

Au bout du compte, quoique pétris sans doute des meilleures intentions, tous finirent par l’abandonner. La suite est connue et Yéchoua’ ira sur la croix pour y souffrir et pour y mourir.

Nul besoin ensuite d’être un grand psychologue pour saisir l’état dans lequel se retrouvent subitement les disciples. Eux qui avaient tout quitté pour suivre Yéchoua’, leurs situations professionnelles et familiales, leurs amis et même un certain confort économique, les voilà brutalement plongés dans l’inconnu. La présence rassurante du maître n’est plus. Les espoirs de rédemption et même de libération du peuple d’Israël sont envolés. Les promesses sont oubliées. À présent, ils vivent dans la crainte d’une arrestation et d’un jugement sans appel. Pire peut-être, le mépris et les quolibets de leurs compatriotes commencent déjà à se faire entendre comme un murmure dans leurs têtes. Les plus solides sombrent déjà dans le désarroi, premier symptôme d’une dépression qui les guette.

Vu sous cet angle, il semble difficile d’imaginer que les disciples s’enhardissent pour voler le corps de Yéchoua’ afin de faire croire à sa résurrection. Outre le fait que des mesures avaient été prises pour prévenir une telle initiative, quels disciples se seraient vraiment engagés dans une aventure pleine de risques basée sur un mensonge qu’ils auraient eux-mêmes construit ?

En toute logique, avec la mort de Yéchoua’, la cloche avait sonné pour le dispersement général et le commencement de l’oubli.

Sauf que les choses ne se sont pas arrêtées là. Le tombeau vide n’était pas une supercherie savamment orchestrée par quelques illuminés. Mais même de nos jours, personne ne se laisserait abuser par de simples déclarations verbales sur un tombeau retrouvé vide.

Les indices laissés par l’évangéliste Jean donnent déjà à réfléchir. Outre le tombeau vide, les linges retrouvés et l’absence manifeste du corps posent question. Si la mort de Yéchoua’ n’a manifestement pas été anticipée, et moins encore été envisagée, comment imaginer que l’enlèvement de son corps ait pu faire partie d’un plan quelconque en vue de préparer le mouvement messianique qui suivra ?

L’argumentaire dialectique que je propose ici consiste à poser comme une évidence les questions que personne ne pose, mais qui demeurent incontournables pour une quête de la vérité sur Yéchoua’.

Tout naturellement donc, la mort d’un homme conduit au deuil et à une certaine rupture avec le passé. Or dans le récit évangélique, la mort de Yéchoua’ ne suit cette logique que pendant trois jours. Le matin du premier jour de la semaine, la découverte du tombeau vide plonge soudainement plusieurs hommes et femmes dans la perplexité.

Jean 20.1-10 ; 19-21

Le premier jour de la semaine, Miryam de Magdala vient au tombeau dès le matin, alors qu’il fait encore sombre, et elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court trouver Simon Pierre et l’autre disciple, l’ami de Yéchoua’, et elle leur dit : On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis !

Pierre et l’autre disciple sortirent donc pour venir au tombeau. Ils couraient tous deux ensemble. Mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau ; il se baisse, voit les bandelettes qui gisent là ; pourtant il n’entra pas. Simon Pierre, qui le suivait, arrive. Entrant dans le tombeau, il voit les bandelettes qui gisent là et le linge qui était sur la tête de Yéchoua’ ; ce linge ne gisait pas avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre lieu. Alors l’autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi ; il vit et il crut. Car ils n’avaient pas encore compris l’Écriture, selon laquelle il devait se relever d’entre les morts. Les disciples s’en retournèrent donc chez eux.

(…/…)

Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Yéchoua’ vint ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. Yéchoua’ leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.

L’auteur de l’Évangile ne cache pas la difficulté des disciples à croire en la résurrection du maître. Mais qui de nos jours se serait enflammé aussi vite ? Tout porte à comprendre que la résurrection n’avait absolument pas été comprise par les disciples comme faisant partie du « plan divin », de ce que même Yéchoua’ savait à propos de sa mission.

Ce qui vient transformer complètement la situation des disciples, c’est à la fois le tombeau vide et la résurrection de leur maître. L’un comme l’autre n’est pas de leur fait.

Ce « plan » n’est pas le leur, fruit de leur imagination. Ainsi donc, l’aventure, loin de s’achever, ne fait que commencer. C’est ce que nous rapporte le livre écrit par Luc. Le livre des actes des apôtres.

Difficile de croire en cette résurrection ? Assurément. Mais quelle autre option avons-nous ? Si Yéchoua’ n’est pas ressuscité, par quel ressort les disciples ont-ils pu remonter la pente ? Par quelle folie se pourrait-il qu’ils aient échafaudé une fausse résurrection et un mensonge qui les conduiront presque tous à une mort violente ?

S’agissant des témoins, ils ont été si nombreux que cette hypothèse est inenvisageable sérieusement.

1 Corinthiens 15.3-7.

Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’avais aussi reçu, que le Messie est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu’il a été enseveli, et qu’il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et qu’il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.

Sans l’ombre d’un doute, il s’est passé quelque chose d’inhabituel. Si un plan machiavélique relève du scénario hollywoodien de série B, aussi incroyable que cela paraisse, le tombeau vide est le témoignage de la résurrection avérée de Yéchoua’.

Les témoins ont été trop nombreux pour en douter et l’engagement total des disciples, jusqu’à la mort, implique une transformation radicale de leur vie qui n’a pu se produire que par la rencontre avec le Messie Yéchoua’ après la résurrection.

Alors bien sûr, le temps a passé et nous sommes aujourd’hui dans l’Histoire loin des évènements rapportés par les Évangiles.

Mais il y a une chose essentielle pour nous à retenir. Le ministère, les souffrances, la mort de Yéchoua’ et jusqu’à l’apparition du Messie qui vient achever de convaincre les disciples, se trouvent prophétisés dans les Ecritures (Jean 20.10 ; 1 Cor. 15.3). Le récit évangélique n’a de sens véritable que s’il vient parachever le plan divin de rédemption pour toute l’humanité en une harmonie parfaite avec les prophéties messianiques énoncées au fil des siècles par de nombreux hommes de Dieu.

Une dernière chose encore avant d’aller plus loin. Si nous ne disposons plus aujourd’hui de témoins directs du récit des Évangiles, il est clair toutefois que le tombeau vide indique que Yéchoua’ est non seulement ressuscité, mais qu’il est vivant et même vivant aujourd’hui.

Les Juifs discutant avec Yéchoua avec véhémence’ affirmaient sans l’ombre d’un doute le caractère éternel du Messie.

Jean 12.34

La foule lui répondit : Nous avons appris par la loi que le Messie demeure éternellement ; comment donc dis-tu : Il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? Qui est ce Fils de l’homme ?

Ainsi donc, nous comprenons que Yéchoua’ ne fait pas simplement partie d’une histoire qui se conjuguerait au passé. Le Messie Yéchoua’ ne peut se résumer à l’objet d’un débat entre connaisseurs et intellectuels. Conclure à sa résurrection aboutit naturellement à une autre réalité qui peut radicalement changer nos vies aujourd’hui. Il est toujours vivant maintenant et il nous invite à une relation personnelle avec lui. C’est là l’expérience de beaucoup, y compris de Juifs, qui ont vu leur existence bouleversée et transformée. Incroyable ? Inacceptable ? À vue humaine, une folie certaine.

Et pourtant, la Torah tout entière nous invite à cette relation nouvelle avec Dieu. Les hommes cherchent par toutes sortes de chemins la voie qui les ramènera vers le Créateur. Pour le Juif, c’est une aspiration profonde à goûter à la même foi et la même relation avec Dieu que celles d’Abraham. Et qui n’a jamais voulu être appelé ami de Dieu comme le fut le patriarche ?

Au-delà des débats et des discussions contradictoires, le but final reste de connaître Dieu et être réconcilié avec lui par son Messie. Plus que la connaissance, c’est une relation nouvelle et une vie transformée qui attend celui qui ose poser des questions et s’approprier des réponses.

En définitive, on ne risque pas grand-chose à paraître « stupide » qu’un instant.

(Extrait du BI 587 (décembre 2017)

Voir aussi la vidéo « One for Israël » sur le même sujet.

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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