Éditorial

Éditorial : Cette grâce de Dieu qui nous dépasse.

Nous sommes parfois surpris de voir combien les récits les plus anciens de l’humanité nous parlent encore aujourd’hui, des milliers d’années après la mort de leurs protagonistes. L’histoire d’Adam et Ève, comme celle de Caïn et Abel qui se termine, comme on le sait, par un meurtre, semble résonner dans notre monde contemporain avec une étonnante acuité.

Que l’on admette pleinement leur historicité ou que l’on ne leur prête qu’une fonction parabolique, les sentiments des uns ou des autres semblent se superposer aux nôtres malgré l’usure des siècles. L’arrogance puis les « craintes » exprimées par Caïn sont aussi quelque part les nôtres. Et ses revendications vis-à-vis de Dieu ressemblent peut-être à celles que nous pourrions, avec nos mots, énoncer dans une prière à voix basse.

À la place de Dieu, nous aurions probablement eu la main lourde et nous aurions condamné nos premiers parents sans « circonstances atténuantes ».

La justice de Dieu, sans être absente, semble comme différée dans le temps. Ce qui ressort de manière inexplicable dans le récit biblique, c’est l’incroyable patience de Dieu, l’exercice d’une grâce qui nous dépasse.

S’agissant de Caïn, comme pour ses parents (au chapitre précédent), Dieu donne un « signe » qui doit le préserver du jugement qui aurait dû l’atteindre.

Des milliers d’années après, Dieu aurait-il changé de sentiment à l’égard de ses créatures, c’est-à-dire nous-mêmes ? Le mal s’étend de partout et Dieu paraît absent ou pour le moins d’une patience trop longue à notre goût.

La grâce de Dieu n’a pourtant pas changé et le « signe » qu’il nous donne pour échapper au jugement qui vient est semblable à celui qui en filigrane transpire du récit épouvantable du premier meurtre de l’humanité. Là encore, les « miettes » sur le chemin sont encore visibles. Elles nous invitent à les suivre.

Cela peut apparaitre récurrent, mais c’est un peu comme les leçons qui pour être bien apprises, doivent être répétées régulièrement. L’antisémitisme est un sujet que l’on voudrait pouvoir mettre de côté, mais nous en sommes, hélas, empêchés. L’actualité de ces dernières semaines nous a montré qu’il n’y a pas de lieu véritablement sanctuarisé pour les Juifs, à l’exception d’Israël. Non pas que l’on ne puisse pas y être agressé, mais il n’y a sans doute qu’en Israël que l’on prend la mesure des problèmes. La France s’enfonce et l’on voudrait qu’un peu de grâce soit encore disponible pour notre pays.

Chalom à tous !

Guy ATHIA

Berger d’Israël n°591 (décembre 2018)

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