A propos des Juifs messianiques… (BI 588)

Dans notre dernier numéro (n° 587) du Berger d’Israël, nous avons tenté de répondre à un certain nombre de questions qui nous sont posées de manière récurrente. Qui est ce « Jésus » de Nazareth ? Jésus est-il un « mythe » ? Ou encore, que signifie l’expression « Fils de Dieu » rapportée au messie ?…

Assurément, la personne de Yéchoua’ (nom de Jésus en hébreu) suscite bien des interrogations. Mais pourquoi se poser tant de questions sur un personnage mort il y a 2000 ans et que certains, il est vrai, déclarent ressuscité ? C’est que le doute subsiste. Des « messies » de toutes sortes sont apparus dans l’Histoire et ont tous été depuis oubliés. Mais s’agissant de Yéchoua’, parmi les Juifs et beaucoup d’autres, il y a encore des doutes.

Déjà dans l’Évangile, après la résurrection, l’un des disciples, Thomas, n’était pas prompt à croire aussi aisément à une résurrection.

Jean 20.24-29

Thomas, appelé Didyme, l’un des douze, n’était pas avec eux lorsque Yéchoua’ vint. Les autres disciples lui dirent donc : nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. Huit jours après, les disciples de Yéchoua’ étaient de nouveau dans la maison, et Thomas se trouvait avec eux. Yéchoua’ vint, les portes étant fermées, se présenta au milieu d’eux, et dit : La paix soit avec vous!  Puis il dit à Thomas : avance ici ton doigt, et regarde mes mains;  avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais crois.  Thomas lui répondit : Mon Seigneur et mon Dieu ! Yéchoua’ lui dit : parce que tu m’as vu, tu as cru.  Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !

Voilà un homme qui a eu besoin de « voir » pour croire. Et même plus encore. Il a eu besoin de « toucher » pour croire. Après quoi, le doute n’était plus possible. Pas de falsification envisageable. L’apparition de Yéchoua’ toutes portes fermées ne pouvait être celle d’un sosie et il semble impossible qu’un autre se soit volontairement laissé percer les mains et le côté, juste pour tromper un disciple récalcitrant.

Si longtemps après Thomas, nous aurions peut-être été aussi sceptiques que lui. Le texte évangélique a cependant le mérite de ne pas occulter les doutes des disciples. Par la suite, ils ont raconté simplement ce dont ils avaient été les témoins. La résurrection de Yéchoua’. Bien plus, son ascension dans le ciel et donc la réalité de sa vie aujourd’hui encore.

De nos jours, si le questionnement demeure, c’est que les disciples (talmidim) de Yéchoua’ se sont multipliés partout dans le monde, de même que parmi le peuple juif. Sont-ils tous des illuminés, des gens qu’il faut enfermer, des affabulateurs ou des gens sectaires ? Sans doute que non.

Il convient d’admettre que si Yéchoua’ est ressuscité, il est vivant et il agit encore AUJOURD’HUI au milieu des hommes et parmi son peuple. C’est une relation nouvelle et personnelle qu’il propose à chacun AUJOURD’HUI encore. Il n’est donc pas question de religion ou de formalisme religieux, d’une piété rigoureuse et normative. C’est avant tout une RELATION que Yéchoua’ propose à tout homme et femme dans ce monde, qu’il soit juif ou non-juif.

Cette relation nouvelle n’est possible que parce qu’il en a payé le prix en s’offrant lui-même afin que ce qui empêchait cette relation — nos fautes, notre culpabilité — soit en quelque sorte effacé une fois pour toutes.

Dès les premières pages de la Bible, la Torah nous annonce l’histoire d’une relation rompue et le projet incroyable de Dieu de restaurer cette relation avec l’humanité créée à son image.

Le monde ne va pas bien et il n’est pas nécessaire d’être très observateur pour s’en rendre compte. Nous découvrons chaque jour les vaines tentatives de l’humanité pour s’affranchir du péché et de la mort. Cependant, tous savent qu’il viendra un temps où tout passera en jugement et où il faudra rendre des comptes à celui qui a créé toutes choses, nous y compris.

C’est pourquoi le doute au sujet de Yéchoua’ doit s’accompagner de l’abandon de nos fausses certitudes, de nos efforts pour paraître « juste » devant Dieu ou devant les hommes. C’est dans l’humilité que se rencontre le Dieu d’Israël. Tous les hommes de foi dans la Bible sont passés par ce chemin.

Faut-il que je me fasse chrétien ou Juif messianique pour entrer dans cette relation nouvelle avec Yéchoua’ ?

La question est fréquente, mais en réalité mal posée. C’est une relation nouvelle avec Yéchoua’ qui fait de moi une personne changée et transformée et non l’adhésion à une religion ou une identité particulière.

Le mot « chrétien » peut quelques fois faire peur parce qu’il sous-entend une rupture avec mon identité d’origine pour entrer dans une sphère nouvelle. Pour les non-juifs, et plus encore pour les Juifs, l’Histoire depuis 2000 ans est jalonnée d’épisodes sanglants qui n’invitent pas aisément à un tel changement.

Cependant, et plus particulièrement pour les Juifs, le « poids » de l’Histoire est en quelque sorte bousculé par la renaissance du mouvement messianique depuis près de deux siècles. Là encore, le doute s’insinue et ce qui semblait humainement impossible devient soudainement possible. Un Juif peut croire dans le Messie Yéchoua’ sans renier sa famille ni son identité (ce sujet a été abordé dans le n° 585 du Berger d’Israël).

Cela étant, il convient de rappeler — ce qui ne fait aucun doute — Yéchoua’ est juif, né dans une famille juive, de la descendance de David et éduqué dans la ligne du parti des pharisiens (courant principal et orthodoxe du judaïsme de son époque). Il est le Messie annoncé conformément à tout ce que les prophètes avaient déclaré. Ses disciples étaient également des Juifs et leur message a concerné en premier lieu le peuple juif.

L’Evangile a premièrement été proclamé au peuple juif et c’est ainsi que se sont formées les premières communautés de Juifs messianiques, disciples de Yéchoua’.

Clairement, le mouvement messianique est d’abord une composante du judaïsme de la fin du Second Temple, au même titre que les pharisiens, les saducéens ou les hérodiens.

À cette époque, les Juifs messianiques allaient encore au Temple et suivaient en tout point les rituels et la piété juive. Ils se démarquaient toutefois en matière de doctrine et sur le rôle rédempteur de la mort et de la résurrection de Yéchoua’, le Messie annoncé d’Israël. Mais nul à ce moment-là n’aurait douté de leur identité ou de leur appartenance au peuple juif.

Deux faits marquants vont cependant modifier ces rapports étroits. Le premier est la destruction du Temple suite au soulèvement juif de l’année 70. La communauté messianique ne participera pas à la révolte organisée par les Juifs. Les rabbins et les Sages d’Israël qui ont réchappé aux massacres se réunissent à Yavné et vont progressivement reconstruire un judaïsme dévasté et menacé de dissolution. Les Sages (tanaïm) n’auront de cesse dès lors de rejeter la composante messianique qui à leurs yeux menace l’unité du peuple juif. Cependant, il faudra plusieurs générations pour voir la séparation nettement se dessiner.

Le deuxième fait est la progression rapide du message de l’Évangile au milieu du monde païen. Les assemblées majoritairement juives deviennent peu à peu minoritaires, puis au fil des siècles, de moins en moins influentes. Là encore, la rupture avec les racines juives devient une réalité de plus en plus tangible. Le christianisme prend les formes d’une religion formelle et emprunte au paganisme autant qu’il se détache du judaïsme.

Étonnamment, les Juifs messianiques et leur piété singulière demeurent une réalité que l’on dénonce violemment au sein de l’Église plusieurs siècles durant. Parallèlement, le judaïsme agit de même en établissant dans la liturgie et dès le deuxième siècle une « formule de malédiction des déviants » (birkat ha-minim) qui contraint les Juifs messianiques à quitter d’eux-mêmes les synagogues. Le rejet est certes passif, mais bien réel et efficace.

La renaissance du mouvement messianique au début du 19ièmesiècle — concomitant à l’émancipation des Juifs d’Europe et les débuts du sionisme politique — engendre un engouement que l’on n’avait pas connu depuis la prédication des disciples de Yéchoua’ au premier siècle.

Pour beaucoup, ce retour aux origines est un signe prophétique. Ce qui est certain, c’est que des centaines de milliers de Juifs ont accepté Yéchoua’ comme leur Messie et Sauveur. À présent, ils connaissent une relation nouvelle et personnelle avec celui qu’ils savent vivant – Yéchoua’ le ressuscité.

Devenir disciple de Yéchoua’ ne se résume donc pas à un simple changement de statut.

La première de toutes les étapes est sans aucun doute de découvrir le Messie juif des Évangiles et — en toute simplicité — de demander à Yéchoua’ de venir « parler » en mon cœur. Une relation n’est d’ailleurs jamais l’affaire d’un seul. En vérité, tandis que je tends peut-être une main timidevers Dieu pour le connaître, lui-même m’a déjà ouvert grand les bras. La suite est un cheminement qui conduit à donner du sens à ma vie, une paix et une joie qui découlent d’une relation véritable avec le Messie Sauveur et vivant Yéchoua’. Le sens de ma vie devient celui du Messie Yéchoua’.

Les rituels ou la piété personnelle, l’attachement à telle ou telle communauté, juive ou chrétienne, peuvent ensuite varier d’un individu à un autre. Mais mes choix, quels qu’ils soient et dans tous les domaines, sont motivés alors par le seul nom de Yéchoua’ au cœur de ma vie.

Les Juifs messianiques, de nos jours comme au premier siècle, interpellent doublement les chrétiens comme les Juifs. Ils sont en quelque sorte entre ou au milieu de deux sphères qu’aujourd’hui un long contentieux divise.

Les Pères de l’Église, très rapidement, ne pouvaient envisager que des Juifs croyant en Yéchoua’ aient en même temps une piété juive. De leur côté, les autorités rabbiniques rejetaient ces Juifs qui, quoique dans la forme et l’identité étaient pleinement juifs, étaient sur le plan de la foi adeptes du messie Yéchoua’.

Les premières communautés messianiques ont cependant permis à des Juifs et des non-juifs de vivre leur foi en Yéchoua’ sans renier leurs identités respectives.

C’est ainsi que sur le plan de leur piété, les Juifs messianiques pouvaient pleinement vivre leur foi en accord avec celle de leurs ancêtres, les patriarches et les prophètes d’Israël.

De leur côté, les non-juifs quittant le paganisme pour la foi dans le Dieu d’Israël et son Messie Yéchoua’ ne se voyaient pas contraints d’observer des rites juifs pour se faire juif.

Chacun, dans un respect mutuel, pouvait vivre en harmonie avec son frère juif ou non-juif. Certes, tout n’a pas été facile et les tentations ont été grandes de vouloir imposer à l’autre ses vues.

Les dirigeants juifs de la communauté messianique de Jérusalem ont cependant été amenés à clarifier les choses (voir Actes 15 et l’article sur le concile de Jérusalem de l’année 49, Berger d’Israël n° 571). C’est ainsi que l’ancrage de la communauté du Messie Yéchoua’ devait demeurer dans ses racines juives.

Toutefois, la fin de l’économie lévitique et les choix des générations suivantes, tant juives que non-juives, vont susciter dans les communautés dispersées de par le monde des arbitrages aux conséquences malheureuses. La conversion de l’empereur Constantin et l’officialisation de l’Église au 4ièmesiècle vont creuser plus profond encore le fossé déjà existant entre les Juifs et les (non-juifs), chrétiens d’origine païenne.

Cela étant, les choix institutionnels de l’Eglise ou des rabbins n’empêcheront pas ici et là des chrétiens comme des Juifs de s’intéresser à l’autre et plus particulièrement au Messie Yéchoua’ sous ses traits juifs. C’est ainsi qu’il y a toujours eu des Juifs qui ont cru dans le Messie Yéchoua’. Certains ont naturellement choisi de vivre leur foi dans la sphère juive, d’autres ont préférés ou ont été contraints de rejoindre la sphère chrétienne.

Cette situation a perduré des siècles. Mais ce qui a notablement changé avec la renaissance du mouvement messianique au 19ièmesiècle, c’est que les Juifs croyant en Yéchoua’ ont choisi clairement de réaffirmer leur identité juive tout en proclamant leur foi en Yéchoua’ le Messie juif des Évangiles.

La question qui se pose donc aux Juifs n’est en réalité pas vraiment nouvelle, même si le contexte a changé. Curieusement, il apparaît que la question était au premier siècle moins posée aux Juifs qu’aux non-juifs.

Deux millénaires après, la réponse de l’apôtre Paul peut surprendre, lui que beaucoup de Juifs ont décrié à tort.

1 Corinthiens 7.17-24

Seulement, que chacun marche selon la part que le Seigneur lui a faite, selon l’appel qu’il a reçu de Dieu. C’est ainsi que je l’ordonne dans toutes les assemblées. Quelqu’un a-t-il été appelé étant circoncis, qu’il demeure circoncis ; quelqu’un a-t-il été appelé étant incirconcis, qu’il ne se fasse pas circoncire. La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien, mais l’observation des commandements de Dieu est tout. Que chacun demeure dans l’état où il était lorsqu’il a été appelé. As-tu été appelé étant esclave, ne t’en inquiète pas ; mais si tu peux devenir libre, profites-en plutôt. Car l’esclave qui a été appelé dans le Seigneur est un affranchi du Seigneur ; de même, l’homme libre qui a été appelé est un esclave du Messie. Vous avez été rachetés à un grand prix ; ne devenez pas esclaves des hommes. Que chacun, frères, demeure devant Dieu dans l’état où il était lorsqu’il a été appelé.

Le Juif qui a été circoncis n’a pas à changer d’identité en tant que telle. Tout comme le non-juif n’a pas à être circoncis pour se « faire » juif. C’est la foi en Yéchoua’ qui compte et l’apôtre de préciser que l’obéissance aux commandements est essentielle.

Que sert donc la circoncision à celui qui n’obéit pas à la Parole de Dieu ?… À rien. De même, celui qui spontanément obéit aux commandements sans être circoncis possède l’essentiel, une justice qui ne dépend pas des circonstances de sa naissance.

Dans le temps présent, que sert-il alors à un Juif d’être né juif ?

De toutes les façons, son héritage est grand et lui parle au cœur. Il possède un lien intrinsèque avec le témoignage de ses pères. Ainsi donc, il peut découvrir et vivre sa relation avec le Messie dans la continuité de la foi de ses ancêtres.

Pour le non-juif, les choses sont différentes. Sa foi en Yéchoua’ est une forme d’adhésion à un héritage qui lui est étranger. L’apôtre l’évoque dans sa lettre aux Romains en parlant d’une greffesur l’olivier qu’est Israël (Romains 9 à 11). Il est en quelque sorte adoptésans devenir juif. Il est toutefois au bénéfice du même salut dans la foi en Yéchoua’.

Il y a donc une distinction entre le Juif et le non-juif, non en ce qui concerne l’accès au salut, mais en ce qui concerne l’héritage des pères, la compréhension des alliances… le lien naturel avec la « famille ».Le lien du sang transcende en quelque sorte l’exposé rationnel du Salut.

Pour autant, bien des Juifs se sont détournés de leur héritage et refusent aujourd’hui encore l’appel du lien du sang, de la foi des patriarches et du Messie Yéchoua’. Mais pour ceux qui ont choisi de suivre Yéchoua’ comme Messie, tout résonne d’un son cristallin jusqu’à Abraham.

Alors bien entendu, la réponse à la question posée plus haut est évidente. Comme nous l’avons vu, l’essentiel n’est pas dans une « étiquette », quelle qu’elle soit.

Bien plus, la foi en Yéchoua’, le Messie juif, engendre une relation nouvelle et profonde avec celui qui est vivant non seulement dans le ciel, mais aussi dans le croyant par son Esprit.

Par ailleurs, le monde « chrétien » s’est construit une identité parfois bien loin des racines juives des origines, empruntant au paganisme beaucoup de ses traditions.

Cependant, être « juif » ne signifiera pas grand-chose non plus si pour le croyant, le Messie Yéchoua’ n’est pas au centre de sa vie. D’autant plus que la piété rabbinique telle que pratiquée aujourd’hui est parfois bien détachée de la Torah et des Écritures juives.

À ce propos, j’ai souvenir de plusieurs offices à la synagogue où la rigueur était extrême, les lectures exclusivement en hébreu, etc. Et de l’aveu même de l’un de mes amis membres de cette communauté, seul un tiers des hommes croyait véritablement en Dieu. J’en étais stupéfait. D’autres acceptaient volontiers la croyance en la réincarnation (qui ne se trouve pas dans la Torah) et bien d’autres choses encore qui pourraient surprendre.

Maintenant, on ne choisit pas la famille dans laquelle on naît. L’essentiel est de placer le Messie Yéchoua’ au centre de sa vie et, si l’on a des doutes, de revenir au cœur même de ce qui fait autorité : la Bible.

Faut-il que je devienne juif ou juive (si je suis non-juif) ? Je me « sens » juif, est-ce un signe ? Si j’aime Israël, cela signifie-t-il que j’ai une ascendance juive ?

Aussi étrange que cela paraisse, il y a des non-juifs qui souhaitent devenir juifs pour toutes sortes de raisons pas toujours pertinentes.

La recherche de ses racines est légitime et nombreuses sont les personnes qui souffrent d’ignorer qui sont leurs ancêtres. D’autres auraient préféré en changer ou ne pas connaître tels ou tels grands-parents.

Il y a aussi bien des personnes qui regrettent de ne pas être des Juifs. Espèrent-elles en tirer bénéfice d’une façon ou d’une autre ? Voient-elles une bénédiction particulière tirée de cette ascendance ? Nourrissent-elles secrètement une pointe d’orgueil à revendiquer ce lien avec le peuple juif ?

Loin de moi de juger telle ou telle motivation. Qu’elle soit avouée ou non.

Comme aime à le répéter l’un de mes collègues, Dieu ne s’est pas trompé quand il a fait l’un un Juif et l’autre un non-juif. À diverses époques de l’Histoire, il n’a pas toujours été « profitable » d’être juif. En 70 à Jérusalem, au Moyen-âge lors des périodes d’inquisition, de massacres et de pogroms, les Juifs n’ont pas été enviés. Plus proche de nous, durant la seconde Guerre mondiale et la Shoah, même les années qui suivirent, il ne faisait pas bon afficher une identité juive.

Pour être honnête, je préfère vivre en ce 21ièmesiècle en France et dans un pays en paix que dans ces périodes sombres pour les Juifs. Il est vrai que de nos jours l’antisémitisme se répand à nouveau dans toute l’Europe et laisse augurer des jours difficiles pour les communautés juives.

Lorsque je fais ma valise pour un déplacement d’un week-end, j’imagine toujours possible un non-retour pour toutes sortes de raisons.

Le Juif, dans sa conscience collective, sait que la « valise » n’est jamais trop loin et qu’il est par nature, comme son ancêtre Abraham, un nomade, un étranger de passagesur cette terre.

Les Juifs de France n’ont la citoyenneté française que depuis la révolution. Et même les Juifs d’Afrique du Nord n’ont obtenu la nationalité qu’à la fin du 19ièmesiècle.

Je ne connais pas de Juifs qui honnêtement s’imaginent les choses irréversibles. Personne ne le souhaite naturellement. Mais être juif, c’est vivre avec cette incertitude.

Certes, l’option du retour au pays est à présent ouverte, mais même ainsi, il y a une autre réalité qui le transcende. Les Juifs sont de fait solidaires les uns avec les autres. Pour le meilleur comme pour le pire. C’est même à cet endroit que la prophétie biblique nous amène plus loin.

La dimension collective d’Israël est quelque chose que l’Église appréhende peu. L’accent est nécessairement mis sur la foi personnelle et individuelle de l’homme face à son créateur. Cela est certes vrai. Or, s’agissant d’Israël, le discours prophétique comporte une échelle supérieure qui dépasse l’individu pour englober toute la famille d’Israël.

Le Juif entre dans cette dimension qu’il en soit conscient ou non.

Alors bien entendu, tout le monde veut savoir d’où il vient, mais quand fondront la tribulation ou la persécution, les épreuves et même la mort, non pas premièrement à cause de sa foi, mais en raison de ses racines, le Juif se souviendra alors du rôle prophétique de la famille de Jacob à laquelle il appartient.

En 1940, bien des Juifs avaient « oublié » leurs racines et ont cependant été arrêtés et envoyés dans les camps de la mort. Étaient-ils visés individuellement ? Pas vraiment. Mais chacun pour sa part a été pris en tant que membre d’une même « famille », celle d’Israël. Cette solidaritéfamiliale est un lien impalpable qui transcende le temps, l’Histoire et les continents. Elle relie chaque Juif par des fils invisibles à leur ancêtre commun : Abraham. Bien plus, par lui, les Juifs peuvent connaître leur Messie : Yéchoua’ HaMachia’h.

L’Évangile nous invite à rester dans « l’état » dans lequel nous étions lorsque nous avons fait la rencontre du Messie Yéchoua’. Vous étiez juif ? Restez-le. Vous n’étiez pas juif ? Ne cherchez pas à le devenir.

L’heure n’est plus à la comparaison ou au jugement, mais à la décision de devenir disciple du Messie Yéchoua’.

Les Juifs messianiques ne sont pas une raceà part à envier ou à renier pour toutes sortes de raisons. Ils sont avant tout des disciples du Messie Yéchoua’.

De nos jours, les Juifs messianiques souhaitent, à l’instar de ceux qui les ont précédés, vivre leur piété en accord avec leurs racines juives et dans la ligne des premiers croyants juifs dans le Messie en Judée. Leur démarche de foi se heurte encore à l’incompréhension de bien des amis chrétiens et bien sûr de beaucoup de Juifs. Malgré tout, le mouvement messianique débuté il y a 2000 ans, revivifié il y a 200 ans, ne cesse de croître partout dans le monde. Il est assurément l’un des signes prophétiques précurseurs du retour imminent du Seigneur et Sauveur Yéchoua’.

Si le message des Juifs messianiques est avant tout pour la nation juive, il l’est tout autant pour toute personne non juive s’interrogeant sur cet homme Yéchoua’, venu il y a 20 siècles et que nous déclarons VIVANT aujourd’hui.

À présent, quand les Juifs messianiques se lèvent avec la « vision de leur peuple », sachons les écouter, car le temps est court et tous doivent entendre le message du Salut.

Chers amis lecteurs, je peux vous confirmer que notre désir ardent est le même depuis le premier jour où nous avons reconnu Yéchoua’ comme Messie. L’apôtre Paul le dit avec ces mots : « Le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés ! » (Romains 10 : 1).

Et à mes frères juifs, je dis : n’est-il pas temps de retrouver notre héritage : la Bible entière ? La lire et la sonder pour retrouver nos vraies racines et redécouvrir tant de « vérités perdues » ?

Simon-Pierre, un Juif messianique de la première heure disait à la foule rassemblée à Jérusalem pour « Chavouoth » (Pentecôte) :

« Que toute la Maison d’Israël sache avec certitude que Élohim a fait Seigneur et Messie Yéchoua’. » (Actes 2 : 36)

Guy ATHIA

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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