Les leçons de Chavouot (BI 569)

Lévitiques 23 : 9 et suivants :

9 L’Éternel parla à Moïse et dit :

10 Parle aux Israélites ; tu leur diras : Quand vous serez entrés dans le pays que je vous donne, et que vous y ferez la moisson, vous apporterez au sacrificateur une gerbe, prémices de votre moisson.

11 Il fera devant l’Éternel le geste de dédier la gerbe, afin qu’elle soit agréée pour vous ; le sacrificateur fera le geste de la dédier le lendemain du sabbat.

12 Le jour où vous ferez le geste de dédier la gerbe, vous offrirez en holocauste à l’Éternel un agneau d’un an sans défaut ;

13 ainsi que l’offrande correspondante de deux dixièmes de fleur de farine pétrie à l’huile, (comme offrande) consumée par le feu, d’une agréable odeur à l’Éternel, et la libation d’un quart de hîn de vin.

14 Vous ne mangerez ni pain, ni (épis) rôtis, ni blé nouveau jusqu’au jour précis où vous apporterez l’oblation à votre Dieu. C’est une prescription perpétuelle pour vos descendants, partout où vous habiterez.

15 Depuis le lendemain du sabbat, du jour où vous apporterez la gerbe qu’on dédiera, vous compterez sept semaines entières.

16 Vous compterez cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat ; et vous ferez à l’Éternel une offrande nouvelle.

17 Vous apporterez de vos demeures deux pains pour les dédier ; ils seront faits avec deux dixièmes de fleur de farine et cuits avec du levain : ce sont les prémices pour l’Éternel.

[…]

21 Ce jour-là, vous publierez une sainte convocation : vous ne ferez aucun ouvrage servile. C’est une prescription perpétuelle pour vos descendants, partout où vous habiterez.

Il y a quelques semaines, le cycle des fêtes de Pessa’h s’est achevé par une célébration festive que l’on appelle Chavouot – pluriel de mot chavoua signifiant « semaine ».

Cette appellation fait référence au décompte de sept fois sept semaines, à compter du lendemain du 1ier jour de Pessa’h. Soit 49 jours après Pessa’h.

De leur côté, les Chrétiens ont conservé dans leur calendrier[1] cette fête, mais sous l’appellation de « Pentecôte », en référence aux cinquante jours séparant cette fête de la Pâque[2].

Quoiqu’il en soit, d’une manière ou une autre, les références aux semaines ou au nombre de jours correspondent à une même durée. Comme on va le voir, les nombres ont ici des valeurs symboliques évidentes et pointent vers une perspective prophétique que l’on va essayer de résumer dans ce présent article.

Il convient de comprendre que le calendrier des fêtes de l’Éternel s’inscrit dans un double cycle de célébrations en rapport avec les rythmes agricoles, les semailles et les moissons. C’est ainsi que nous avons un cycle de fêtes au printemps : Pessa’h ou la « fête des pains sans levain », suivi de la fête de « la première gerbe »Omer – (qui signifie gerbe), puis Chavouot. Le second cycle à l’automne se compose de Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot et Chemini Atsérèt / Sim’ha Torah (le dernier jour de la semaine de Souccot).

Les 3 moadim (rendez-vous) où les israélites devaient se rendre en particulier au temple à Jérusalem étaient Pessa’h et Chavouot au printemps, puis Souccot à l’automne.

Ceci étant, l’institution de ces fêtes, pour la plupart du moins, commence à la suite d’évènements historiques, en particulier lors de la sortie d’Égypte des israélites et la période d’exode dans le désert aussitôt après.

Célébrer la fête a donc d’abord une raison commémorative, pédagogique, pour transmettre des valeurs et un enseignement à la génération qui vient.

C’est ainsi que Pessa’h rappelle la sortie d’Égypte, les miracles et le cheminement chaotique du peuple en son temps pour devenir le peuple de l’Éternel au pied du mont Horeb. Mais il a aussi valeur d’exemple, devenant une invitation directe à la génération présente, à s’engager avec le Seigneur pour obéir à ses voies, à emprunter le chemin du Salut offert par Dieu.

Il en va de même pour toutes les fêtes juives, au-delà des changements liés à la modernité ou l’exil. La célébration des fêtes de l’Éternel est en conséquence une source d’enrichissement spirituel pour tout Juif, et même pour quiconque lui emboîte le pas pour rechercher l’Éternel au travers des fêtes.

Le Chabbat lui-même, quoique non directement mentionné dans la liste des célébrations festives d’Israël, est en réalité comme le ciment liant l’ensemble dans une harmonie insoupçonnée.

Appréhender les fêtes juives de cette manière aurait déjà de quoi nourrir le plus modeste des disciples du peuple. Mais il y a plus à saisir et à découvrir. On ne peut se contenter de l’unique vision juxtaposée des fêtes dans le calendrier. Comme souvent, l’intention divine dépasse la seule fonctionnalité pédagogique d’une succession de célébrations, répétées chaque année.

La perspective d’un calendrier prophétique se superpose indéniablement à ce qui est déjà une évidence.

A commencer par Pessa’h, la fête des pains sans levain. Le jour même où Yéchoua’ est crucifié pour mourir vers la 9ième heure, versant son sang pour la rédemption d’Israël et de toute l’humanité. Au même instant, les israélites réunis à Jérusalem sacrifiaient l’agneau innocent de Pessa’h livré pour le rachat du peuple. Coïncidence ?… Nullement. Il fallait que se réalise tout ce qui avait été annoncé à son sujet. Le Messie devait donner sa vie pour le Salut d’Israël. Tout a finalement concouru pour reconnaître en Yéchoua’ l’agneau pascal, figure du salut opéré par Dieu lors de la sortie d’Égypte, plus de 15 siècles auparavant.

Quelques temps plus tôt, Yohanan hamatbil – Jean le Baptiseur – avait dit de lui :

Jean 1:29 Le lendemain, il vit Yéchoua’ venir à lui et dit : Voici l‘Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.

Mais cela ne devait pas s’arrêter là. Le lendemain du chabbat de Pessa’h. Ce jour-là, Yéchoua’ est vu vivant, ressuscité des morts.

Ce même jour, était offert ce qu’on appelle la première gerbe, le premier fruit de la nouvelle récolte, en général un omer d’orge, la première céréale à venir à maturité. Nouvelle coïncidence ?… Certainement pas. Yéchoua’ est le « premier » ressuscité des morts, la prémisse de beaucoup d’autres qui par la suite connaîtront la Vie Nouvelle en Lui et l’espérance de la résurrection. Bien plus, nous savons que sa résurrection est l’assurance que son sacrifice a été agréé et que par sa vie offerte pour nous, le pardon des péchés nous est acquis, la certitude de ressusciter au dernier jour.

Sitôt les deux fêtes passées, les Juifs se dispersent dans les campagnes pour organiser la récolte des fruits et céréales divers parvenus à maturité, ce dans la perspective de la fête de Chavouot qui doit intervenir 49 jours plus tard, sept fois sept semaines.

Cette période est-elle arbitraire ?… le temps nécessaire pour accomplir les moissons habituelles du printemps ?…

Les chiffres et les nombres, dans l’esprit des prophètes, ont toujours un sens primaire, mais aussi plus symbolique.

C’est ainsi que, quittant le registre du calendrier juif proprement dit, l’ascension de Yéchoua’ intervient 40 jours après la résurrection.

Actes 1:3 C’est à eux aussi qu’avec plusieurs preuves, il se présenta vivant, après avoir souffert, et leur apparut pendant quarante jours en parlant de ce qui concerne le royaume de Dieu.

Or le nombre 40 est dans l’Ecriture la plupart du temps relié à la notion d’épreuve ou de jugement dans l’attente d’une révélation ou d’une délivrance.

C’est ainsi que Yéchoua’ est montré en exemple de l’homme qui traverse l’épreuve – 40 jours et 40 nuits, tout comme les israélites dans le désert – durant 40 ans. Il eut faim comme eux, mais surmonta victorieusement la tentation du murmure.

Matthieu 4:1-2 Alors Yéchoua’ fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Il jeûna quarante jours et quarante nuits, puis il eut faim.

Moïse fut lui-aussi 40 jours et 40 nuits en haut de la montagne sans manger ni boire, avant de redescendre avec les lou’hot – les fameuses tables de la loi qu’il brisa aux pieds de la montagne (Exode 34.28). Or le conducteur d’Israël était assurément un modèle typologique du Messie à venir.

Et l’on pourrait citer encore les 40 jours et 40 nuits durant lesquelles la pluie du déluge est venue mettre un terme à la corruption de l’humanité (Genèse 7.4), puis aussi les 40 jours au terme desquels Noé ouvrit une fenêtre de l’arche, en quelque sorte la « fenêtre » du Salut pour ceux réfugiés à l’abri des eaux destructrices (Genèse 8.6).

Plus connus sont les 40 jours d’exploration des hommes envoyés par Moïse et les 40 années de disgrâce dans le désert suite à l’incrédulité du peuple décriant le pays de la promesse (Nombres 14.34).

Un autre archétype du Messie, le prophète Elie, sera nourri de la nourriture « céleste » avant de marcher 40 jours et 40 nuits jusqu’au Mont Horeb, là même où s’était rendu Moïse à la rencontre de Dieu (1 Rois 19.8). L’Ange de l’Éternel avait donné à Moïse toutes les ordonnances divines, or cet Ange est pour beaucoup le Messie lui-même.

Et que dirons-nous par ailleurs de cette autre rencontre si singulière, sur une autre montagne, réunissant Moïse, le prophète Elie et Yéchoua’ lui-même (Luc 9.28-36) ?…

Il ne fait à mon sens pas de doute que ces 40 jours que Yéchoua’ passa avec ses disciples, après sa résurrection, ont été en quelque sorte une expérience comparable à celle de Moïse sur la montagne d’Horeb ou les 40 jours de marche d’Elie à la rencontre de Dieu dans le désert.

Les israélites achèvent donc les moissons et s’apprêtent à se réjouir devant l’Éternel à Jérusalem au moyen justement de toutes les productions.

C’est dans le livre du Deutéronome (8 :8) que sont énumérés les produits récoltés et dont on apportera particulièrement à Chavouot les prémisses en offrande de reconnaissance : Blé, orge, raisin, figue, grenade, olive, miel et dattes. Le miel et les dattes étant souvent associés, on distingue 7 produits différents.

La fête est donc avant tout une célébration joyeuse de reconnaissance envers Dieu pour tous ses dons. Tous se réunissent pour louer et adorer Dieu en apportant tous ces produits qui, offerts à Dieu, sont ensuite partagés pour la fête.

Plusieurs remarques s’imposent à ce stade :

Au lendemain du premier jour de Pessa’h était « agité » l’omer, une gerbe d’orge en prémisse, après quoi, plus aucun produit de la nouvelle récolte ne devait être consommé jusqu’à Chavouot.

Il peut alors paraître légitime de se demander pourquoi une telle cérémonie était organisée au lendemain du premier jour de Pessa’h et la raison de commencer le compte des 49 jours à partir de ce moment-là.

Pour certains, la tradition juive relie les 7 semaines (7 x 7 jours) aux 7 vertus avec lesquelles Dieu aurait créé le ciel et la terre.

D’autres y voient un processus de purification du peuple d’Israël aussi bien dans la durée que dans le temps : Des 7 patriarches d’Abraham jusqu’à David.

Il me semble pour ma part que la première raison est d’abord d’encourager et de préparer le peuple aux dons gracieux de Dieu. Le don de l’Omer (agitation de la première gerbe) au lendemain du premier jour de Pessa’h est avant tout une prémisse, une sorte d’avant-goût de ce qui doit se produire ultérieurement, en l’occurrence à Chavouot. La multiplication du chiffre 7 et le décompte des 49 jours sont là pour souligner d’une part la certitude de la promesse divine de pourvoir à une récolte abondante et suffisante, d’autre part encourager le peuple dans l’attente de ce jour de réjouissance.

Il y a cependant un second niveau de lecture, prophétique celui-ci. Le jour où l’on agite la gerbe en prémisse correspond au jour de la résurrection de Yéchoua’. C’est ainsi que nous pouvons comprendre l’intention divine de proclamer cette « première » résurrection comme une anticipation future d’une « moisson » d’hommes et de femmes dont l’espérance et l’assurance seront la résurrection pour vivre l’éternité avec Dieu.

C’est en effet à Chavouot que se produira un miracle inattendu, celui annoncé par le prophète Joël (3.1) et cité par l’apôtre Pierre :

Dans les derniers jours, dit Dieu, Je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; Vos fils et vos filles prophétiseront Vos jeunes gens auront des visions, Et vos vieillards auront des songes.

18 Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, Dans ces jours–là, je répandrai de mon Esprit ; Et ils prophétiseront.

La prédication de l’apôtre Pierre (Actes 2) conduira en effet des milliers de Juifs à reconnaitre le Messie en Yéchoua’. Ils seront remplis du Saint-Esprit, prophétiseront et constitueront les bases de la première Quéila (Assemblée) qui prendra effectivement forme le jour de Chavouot.

Il convenait d’amener les disciples à reconnaître le lien prophétique entre la « prémisse » et la « récolte » à venir, la « résurrection » de Yéchoua’ et la « moisson » des âmes pour le Salut.

L’attente de ces 49 longs jours était-elle nécessaire ?… Celle-ci représentait d’une certaine façon l’expérience de la foi dans ce qui n’était pas encore perceptible, l’apprentissage de la confiance dans les promesses de Dieu. Pour les premiers disciples, elle était aussi le temps du mûrissement, le passage d’une « connaissance » personnelle du Messie Yéchoua’ à celui d’une intimité avec Dieu sous une autre forme, par le Roua’h Hakodech – le Saint-Esprit. Loin d’être une régression, les disciples ont appris à vivre une expérience spirituelle différente et autrement plus intimiste avec Dieu par le Saint-Esprit.

Difficile aussi de ne pas relier ces 7 fois 7 semaines aux 7 fois 7 années conduisant au jubilé, l’affranchissement des esclaves, la remise des dettes.

Lévitique 25:10 Et vous sanctifierez la cinquantième année, vous publierez dans le pays l’affranchissement de tous ses habitants ; ce sera pour vous le jubilé ; chacun de vous retournera dans sa propriété, et chacun de vous retournera dans son clan.

La cinquantième année sera pour vous le jubilé : vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas ce que les champs produiront d’eux–mêmes, et vous ne vendangerez pas la vigne non taillée.

Car c’est le jubilé : vous le regarderez comme saint. Vous mangerez le produit des champs.

Chavouot, à l’instar du jubilé, est synonyme de libération, d’affranchissement et de salut. On peut imaginer en effet certains compter les jours et les années jusqu’au temps de leur libération. Curieux paradoxe aussi que d’être invité à manger le produit des champs sans avoir fait de récolte. Une autre façon d’indiquer peut-être que le Salut comme la providence de Dieu ne dépendent pas des hommes.

L’attente est donc toujours l’expression d’un cheminement de la foi vers une stature plus haute et une relation plus profonde avec Dieu. L’immédiateté ne s’accorde pas vraiment avec la foi et moins encore avec la maturité.

D’une toute autre manière, Israël qui sort d’Égypte et traverse la mer des Joncs est encore un peuple de « rachetés » (à Pessa’h), toujours en devenir. Il a certes connu les miracles des interventions divines, mais il n’a pas encore fait l’expérience d’une véritable rencontre avec son Dieu. Si Dieu a pris son peuple « en main », celui-ci n’a pas encore saisi de lui-même cette main tendue. Il chemine à la rencontre de son Dieu. Le salut lui est acquis à Pessa’h, mais la vie nouvelle, Israël ne va la découvrir qu’au mont Sinaï en recevant la Torah de la bouche même de Dieu.

Traditionnellement, les Juifs établissent un lien direct entre le don de la Torah à Israël et la fête de Chavouot. C’est sur la montagne que les israélites rencontrent pour la première fois ce que certains commentateurs juifs appellent le médiateur visible de Dieu, la Parole vivante de Dieu.

A la synagogue, il est fréquent de « sortir » le sefer Torah de l’arche pour le faire « circuler » au milieu de l’assemblée, chacun embrassant avec respect les rouleaux à leur passage dans les rangs, comme s’il s’agissait d’une certaine façon de la Parole vivante de Dieu marchant au milieu de nous. Comme le soulignait Jean dans son prologue :

Jean 1.14 La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père.

On peut en conséquence sans doute établir un parallèle entre le cheminement d’Israël de Pessa’h au Mont Sinaï / Chavouot et celui, beaucoup plus tard, des premiers disciples de Yéchoua’ qui formeront à Chavouot la première assemblée de Juifs croyant dans le Messie.

En effet, ces derniers ont attendu Chavouot pour recevoir le Roua’h Hakodech, le Saint-Esprit, et constituer la première assemblée.

Il convient cependant de préciser que si le compte de l’Omer est en quelque sorte la traduction d’une progression, d’un cheminement vers une stature spirituelle plus grande, Chavouot marque en quelque sorte une transition, un avant-goût d’une « moisson » plus abondante encore, celle de Souccot. Celle-ci dans le calendrier prophétique n’est pas encore intervenue, mais nous l’attendons, avec patience et confiance.

A l’instar du Choffar dont le souffle avertit le peuple avant que les évènements ne se produisent, le souffle divin, par le Roua’h Hakodech[3] a confirmé il y a 2000 ans à Chavouot que l’heure du Salut avait sonné pour Israël.

Et aujourd’hui encore, le temps est favorable…

Guy ATHIA

[1] Le calendrier chrétien est différent de celui des Juifs, mais il n’en était rien à l’origine et pendant plusieurs siècles, jusqu’au 4ième siècle.

[2] Pentecôte en français découle de la racine grecque du mot signifiant cinquante.

[3] Roua’h Hakodech signifie littéralement « vent saint ».

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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