Le moment ne serait-il pas venu de devenir « juste » parmi les nations ?

Après la Seconde Guerre mondiale, tandis que l’Europe commençait à peine à prendre toute la mesure de ce qu’avait été la Shoah, l’ampleur de toutes les horreurs du génocide, il devint rapidement évident qu’au milieu du chaos la majeure partie du monde tournait le dos au peuple juif. Pour autant, certaines personnes trouvaient encore l’énergie et le cœur pour venir en aide à ceux qui avaient atteint le fond d’une détresse incommensurable. Bien entendu, la diaspora juive qui avait échappé aux persécutions nazies participa activement au soulagement de leurs frères terriblement meurtris. Mais il se trouva aussi un élan de solidarité significatif parmi les non-juifs. En 1953, sept ans seulement après la fin de la guerre, Israël, alors toute jeune nation moderne depuis 1948, décida de commencer à réunir des informations et des documents sur les non-juifs qui avaient aidé les Juifs pendant les années sombres de la Shoah. C’est ainsi que les premiers non-juifs ont été reconnus comme « Justes parmi les nations ». L’attribution de ce statut était fondée sur la base de trois critères spécifiques relatifs à la période des années de guerre. Premièrement, les postulants à ce statut n’étaient pas eux-mêmes juifs. Deuxièmement, ils avaient risqué leur vie et, finalement, ils n’avaient pas reçu d’argent en échange de leurs actes.

À ce jour, Yad Vashem, à Jérusalem, a recensé moins de 27 000 personnes dans le monde répondant à ces critères. Elles ont été inscrites comme « Justes parmi les nations ». En regard des six millions d’innocentes victimes juives des camps de la mort nazis, cela peut sembler bien peu, un chiffre insignifiant, une goutte d’eau dans l’océan. Et pourtant…

Dans le film émouvant de Steven Speilberg — « La liste de Schindler » — l’ex-homme d’affaires nazi, dans une frénésie incroyable, s’efforce jusqu’au dernier moment d’établir de mémoire la liste la plus longue possible de Juifs qu’il espère sauver de la mort. Regrettant de n’avoir pu ajouter un nom à la liste de ceux qu’il aurait pu sauver, son fidèle comptable — Stern — cite alors une parole bien connue du Talmud : celui qui sauve une vie sauve un monde. Une autre manière sans doute de souligner que la plus petite des vies sauvées est d’un prix inestimable. 

Mais dans le temps présent, pourrait-on identifier d’autres « Justes parmi les nations » ? Pour le moins, de potentiels « Justes parmi les nations » ? Car même si le contexte a changé et si les Juifs ne sont pas persécutés et poursuivis pour être exterminés comme il y a 75 ans, les menaces demeurent.

À la lumière de ce que nous constatons de nos jours avec la renaissance de l’antisémitisme presque partout dans le monde, le peuple juif a assurément besoin que se lèvent de nouveaux « Justes parmi les nations » prêts à défendre l’existence même des Juifs là où elle est menacée. Je suis convaincu que si la haine des Juifs continue de s’étendre comme elle le fait, la communauté juive mondiale aura à nouveau besoin d’une aide « extérieure », quand bien même l’État d’Israël constitue aujourd’hui un rempart important et un refuge pour les Juifs. D’une certaine manière, nous y sommes déjà si l’on considère les violences à l’encontre des Juifs tels que les attentats de Pittsburgh, San Diego, New York et plus largement les agressions quotidiennes, notamment en Europe. Des actes si fréquents qu’ils ne font plus la une des journaux. De quelle manière pouvons-nous alors identifier — susciter ? — les « Justes parmi les nations » d’aujourd’hui ?

Ce sont des hommes et des femmes qui lisent la Bible et comprennent que Dieu a un plan et des promesses pour Israël

Examinant avec soin les Écritures, et sans tenter outrageusement d’allégoriser tout ce qui pourrait concerner Israël, ces lecteurs découvrent comme une incontournable récurrence la place et le rôle singuliers d’Israël dans le plan rédempteur de Dieu pour l’humanité. De la Genèse à l’Apocalypse et presque à toutes les pages de la Bible, le peuple d’Israël est présenté comme l’instrument et le signe par lesquels Dieu se révèle et ponctue son calendrier prophétique. Cela ne signifie pas que seul un lecteur assidu de la Bible peut aimer le peuple juif. Beaucoup de gens dans le monde — et de tout temps — aiment ou apprécient le peuple juif sans pour autant être animés d’une foi particulière et sans avoir de pratique religieuse. Les gens de bonne volonté ont toujours existé. Cependant, je suis convaincu que les nouveaux « Justes parmi les nations », lecteurs avertis de la Bible, seront toujours plus prompts à soutenir le peuple juif. Objectivement, l’histoire ininterrompue d’Israël depuis des millénaires est fondée sur une succession de promesses et d’alliances contractées le plus souvent avec les patriarches, les prophètes et les rois d’Israël. À l’exception de l’alliance mosaïque qui s’inscrit en marge de toutes les autres et dont les clauses sont conditionnées à la fidélité du peuple, toutes les promesses et alliances divines sont inconditionnelles et témoignent de l’amour de Dieu en même temps que de son caractère immuable.

Ce sont des hommes et des femmes qui aiment le peuple juif

Les nouveaux « Justes parmi les nations », qu’ils soient motivés par la Bible ou non, aiment tout simplement le peuple juif. Contre toute logique humaine et contre toute attente, ils reconnaissent l’existence légitime d’Israël. Il y a de nos jours beaucoup de croyants dans la Bible que l’on pourrait qualifier de « sionistes chrétiens ». Ils croient en la pérennité des promesses de Dieu pour Israël et sa restauration sur son territoire historique dans les temps de la fin (Ézéchiel 36-37). Ce retour des Juifs en Erêtz Israël a pour ainsi dire déjà commencé et, ceux qui suivent avec attention l’accomplissement des signes des temps annoncés, sont impatients de voir se réaliser les dernières promesses de Dieu. Assurément, il est difficile à un lecteur passionné de la Bible de ne pas aimer le peuple juif.

Ce sont des hommes et des femmes qui « vivent » avec force leur Bible 

Les nouveaux « Justes parmi les nations » ne sont pas seulement des hommes et des femmes convaincus des paroles de la Bible. Ils vivent réellement ces paroles au quotidien. Et quoiqu’aucun croyant dans les Écritures n’ait été rendu « parfait » instantanément en suivant les enseignements de Yéchoua’ de Nazareth, tous ont été encouragés à vivre par Lui et pour Lui, transformés par le Saint-Esprit. Les nouveaux « Justes parmi les nations » s’efforcent donc de vivre et appliquer les principes bibliques à leur propre vie, comme le faisaient sans doute les habitants du village du Chambon sur Lignon (en Haute-Loire) durant la Seconde Guerre mondiale. Quelqu’un a dit quelque part : « prêchez la Bonne Nouvelle tous les jours et au besoin, utilisez des mots ! » Nos actions devraient suffire à démontrer ce que nous croyons et les raisons de notre foi. Les mots sont « utiles », mais les actions parlent davantage.

Ce sont des hommes et des femmes prêts à prendre des risques pour protéger des Juifs

Dans ce contexte, les nouveaux « Justes parmi les nations » n’hésiteront pas, le moment venu, à venir en aide au peuple juif, et ce moment vient ! Il ne fait aucun doute à mon esprit que, même si la Bible contient de formidables promesses pour Israël, la condition des Juifs dans le monde va empirer avant de s’améliorer. Il y a 80 ans, les « Justes parmi les nations » ont pris de grands risques pour cacher, protéger et sauver des Juifs. Les nouveaux « Justes parmi les nations » seront également prêts à exposer leur vie pour sauver des Juifs, même si la plupart de ces derniers ne le perçoivent pas. Les Juifs aujourd’hui doivent savoir qu’il y a des non-juifs qui sont de leurs amis. Tous ne sont pas antisémites ! Même si bien des Juifs peinent à trouver où se tourner pour obtenir aide et soutien.

Si vous êtes un non-juif, posez-vous ces quelques questions et si vous répondez par l’affirmative, vous pourriez bien être de ces potentiels « Justes parmi les nations » qui le moment venu répondra à l’appel d’une main tendue pour venir en aide au peuple juif choisi par Dieu.

  • Pensez-vous que les promesses de la Bible pour Israël et le peuple juif se réaliseront littéralement ?
  • Croyez-vous que le peuple juif est à nouveau menacé ?
  • Êtes-vous prêt(e) à prendre des risques pour aider vos amis juifs ?

Bien que je ne sois pas convaincu que les croyants traverseront les horreurs de ce que l’on appelle « la Grande Tribulation »[1], je relève cependant que Yéchoua’ prête une attention particulière à l’attitude des non-juifs à l’égard des Juifs dans son discours de Matthieu 25.40. Au terme des 7 années difficiles que durera l’épreuve, les non-juifs qui auront survécu à cette période et qui auront soutenu les Juifs seront accueillis avec bienveillance par le roi Yéchoua’ qui leur déclarera : « Je vous le dis en vérité. Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un des plus petits de mes frères, vous me l’avez fait à moi-même ». Leur action positive à l’égard des Juifs témoignera de leur foi survenue au cœur de l’épreuve.

Le moment ne serait-il pas venu de devenir « juste » parmi les nations ?

Olivier MELNICK


[1] La « Grande Tribulation » est une dernière période de souffrances et de jugements sans précédent qui affectera le monde dans les temps de la fin. Elle est décrite sous formes de différents tableaux dans de nombreux textes prophétiques apocalyptiques du Tanakh et surtout de la Brit ‘Hadacha. Beaucoup de chrétiens pensent que, le temps venu, les croyants seront « enlevés » pour échapper à ces souffrances annoncées.

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Olivier MELNICK

Vice-président du Berger d’Israël.

Directeur régional de Chosen People Ministries USA.

Enseignant de la Bible.

Spécialiste de l’antisémitisme et auteur.

www.newantisemitism.com

 

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