Souccot 5781 : Une fragile soucca faite pour durer…

La célébration de Souccot a ceci de particulier qu’elle nous plonge indéniablement et très concrètement dans des souvenirs passés. En effet, la construction d’une soucca nous ramène quelques milliers d’années en arrière et rappelle à nos consciences oublieuses que, malgré les apparences, le confort de notre maison est plus précaire que la toile de tente qu’ont partagée nos ancêtres sortant d’Égypte

L’ordonnance principale concernant la fête consiste en la confection d’une soucca, un fragile abri fait de branchages (Lév. 23). La cabane n’a bien sûr pas de murs épais et permet même le passage de tous les bruits et d’un peu de lumière. Par ailleurs, la température y est probablement semblable à l’intérieur comme à l’extérieur. Que représente alors cet abri de fortune que nous faisons nôtre chaque année et pendant quelques jours ?

Au fil des expériences avec le Seigneur, les israélites, comme auparavant Abraham le patriarche, ont brutalement changé de mode de vie, de sédentaires ils sont devenus nomades. Serait-ce là une sorte de passage obligé lors de la foi naissante ? Les israélites sont sortis d’Égypte et ne se sont pas arrêtés à la première auberge du coin, pas davantage à l’hôtel programmé de leur voyage organisé. Ils n’ont pas eu trop le temps non plus de passer à Décathlon acheter le matériel de camping dernier cri susceptible de rendre leur périple plus confortable. J’imagine aussi le petit dernier de 5 ans demander à sa mère où ils allaient dormir après leur première journée de marche ; et cette dernière de rester sans réponse ou peut-être d’affirmer, avec foi : sous l’abri du Très-Haut mon enfant. Il est vrai que l’abri, pour le coup, allait vraiment être très haut.

La soucca souligne en réalité moins la précarité que la suffisance divine à pourvoir au quotidien, bien mieux qu’avec nos propres moyens. Une manière aussi sans doute de se dire que si de ma couche, je peux embrasser le ciel étoilé, tout lieu où je demeure est en lui-même un abri sûr de Dieu.

Les israélites vont vivre de cette protection divine durant les 40 ans qu’ils passeront dans le désert. L’auteur de la lettre aux Hébreux précisera même que pendant ces années, leurs vêtements et leurs sandales ne se sont pas usés. Para ailleurs, Dieu pourvoira lui-même à leur nourriture.

Cependant, leur foi a été bien souvent contrariée et les doutes fréquents, nourrissants les murmures et les rébellions. Ils ne manquaient pourtant de rien. Ils ont été cependant insatisfaits et ingrats envers Dieu, les causes principales du jugement de Dieu qui les atteindra (Deut. 28. 47).

En conséquence, la première leçon que nous enseigne la soucca, c’est d’avoir une confiance absolue en la puissance et la providence divine. Et s’il devait arriver que le confort auquel nous avons pris goût disparaisse, nous retiendrions que notre espérance est plus grande que le confort éphémère de ce monde. In fine, notre citoyenneté n’est pas de ce monde, mais de celui qui est encore à venir et qui n’a pas de fin.

La soucca est aussi là pour rappeler que Dieu est venu lui-même habiter au milieu de son peuple et qu’il a fait du Tabernacle sa résidence au milieu des israélites, une résidence précaire et temporaire, nous en conviendrons.

C’est que la soucca temporaire de Dieu pointait plus loin, vers l’avènement du Messie. L’évangéliste Jean ne s’y trompe pas en soulignant au sujet de l’incarnation de Yéchoua’ que Dieu est venu habiter au milieu des hommes — littéralement tabernacler au milieu de son peuple, allusion sans conteste à la fête de Souccot.

Jean 1 : 14 La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père.

Cette Parole faite chair dont Jean parle est quelque part illustrée par la liturgie de la synagogue lorsque les rouleaux de la Torah sont littéralement promenés dans les rangs de la communauté et que chacun peut les embrasser à son passage — signifier en quelque sorte son respect de la Torah et donc de la Parole. Pour les rabbins, cette manière d’agir n’a rien de puéril et moins encore d’idolâtre. La Torah est vivante et agissante.

C’est ainsi que bien souvent, Yéchoua’ a été honoré sur les chemins de Judée, de Galilée et dans le Temple même.

Le temps nous manque pour évoquer encore cette Parole qui vient tabernacler dans nos cœurs par le Saint-Esprit (1 Cor. 6. 19). En effet, ce qui est éphémère doit céder la place à ce qui est éternel. La tente où résidait l’Arche de l’Alliance a disparu depuis longtemps. Yéchoua’ est venu et il est remonté au ciel, nous envoyant celui qui réside à présent dans les cœurs de ceux qui l’ont accueilli avec foi. Ce n’est pas une ironie de savoir que le Seigneur nous prépare une résidence permanente dans le ciel (Jean 14. 2).

Souccot est donc assurément un écho prophétique du passé, une invitation à la foi en celui qui est venu tabernacler sur la terre, puis s’incarner pour accomplir notre rédemption. Quand le 15 de ce mois, j’entrerai dans l’inconfort de la soucca, je me souviendrai que ce qui compte véritablement est la place que j’ai donnée au Messie Yéchoua’ dans mon cœur, dès à présent et pour le monde à venir.

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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