Sur les pas du Messie… (2)

Dans la dernière édition du Berger d’Israël (N° 589), j’avais évoqué les « miettes » ici et là parsemées le long d’un chemin dans les Écritures, une route susceptible de nous mener au Messie.

Beaucoup considèrent la Bible comme un livre souvent difficile d’accès, compliqué à comprendre. Outre les récits historiques, les longues énumérations généalogiques ou encore les lois relatives aux sacrifices ou à la pureté rituelle peuvent rebuter plus d’un. Et ce n’est pas moi qui leur en ferais le reproche.

Ces textes, souvent très anciens, semblent complètement décalés d’avec nos réalités du 21e siècle. Certains sujets éthiques sont même parfois en complète contradiction avec les lois d’aujourd’hui sur le plan moral.

Pour autant, jamais aucun autre livre dans le monde n’a été en mesure de parler au cœur comme la Torah, les Prophètes ou la Brit ‘Hadacha[1].

Les Talmidim (disciples) de Yéchoua’ étaient intrigués par ce personnage hors du commun capable, comme nul autre prophète auparavant, de produire des miracles, des guérisons et même des résurrections.

Certains ont reconnu en lui le Messie annoncé par les Prophètes juifs. Et même si sa mort a dérouté plus d’un, sa résurrection a transformé la vie de milliers d’entre eux au point de les conduire d’un profond désespoir à un élan fantastique et jusqu’à mourir pour celui qui avait versé son propre sang pour eux.

Pour nous lecteurs modernes de la Bible, la grande question qui se pose est la suivante : comment des hommes ayant perdu leur rabbin charismatique, leur leader incontesté, plongés dans le plus profond désarroi après sa mort, ont-ils pu d’un seul coup trouver l’énergie d’un engagement total qui les conduirait au bout de la terre ?

La réponse s’impose d’elle-même. Ils ont vu leur Messie revenu à la vie. Alors bien entendu, nous, nous n’avons pas vécu ces temps extraordinaires et nous pouvons être animés de sentiments partagés et même de doutes. N’était-ce pas déjà le cas pour beaucoup de ces hommes au premier siècle ?…

Sauf que le succès des faux messies a le plus souvent été très éphémère, leur enseignement très humain pour ne pas dire égocentrique et leur avenir sans lendemain.

S’agissant de Yéchoua’, l’annonce de sa résurrection a cependant provoqué un coup de tonnerre. Sa mort atroce et injuste était déjà en soit un drame qui aurait pu laisser des traces durables. Mais le constat du tombeau vide et son apparition vivant à plus de 500 personnes en même temps (1 Corinthiens 15.6) ne peuvent laisser indifférent le lecteur.

Que faire alors à présent ?… Ce que nous avons commencé à faire dans notre dernière édition. Suivre les « miettes » sur le chemin.

Dès les premières pages de la Bible, nous avons découvert qu’il s’était noué un drame et que le premier couple humain — Adam et Ève — avait désobéi à la Parole de Dieu et entrainé toute l’humanité dans des conséquences terribles. La première d’entre elles étant la mort.

Quoi que l’on puisse penser du récit du Gan Éden, il apparaît clairement que la corruption de l’humanité trouve son origine dans la faute du premier couple de la Terre.

Le projet de Dieu s’en trouve alors contrarié et il est difficile de conclure que ce qui s’était passé était « prévu », même si l’on imagine mal que Dieu n’en avait pas eu la prescience.

Ce qui est certain en revanche, c’est que Dieu a conçu une issue, un moyen de sortir l’humanité des conséquences du péché et de la mort.

Je ne reviendrai pas sur les déclarations divines au serpent, puis à Adam et Ève[2]. Elles indiquent en prélude ce qui arrivera dans la suite des temps au diable (le serpent), et même son sort final. Dieu ne laisse pas non plus l’homme et la femme sans espérance. Leur péché a nécessairement eu des conséquences graves, mais Dieu ne cesse d’aimer ceux qu’il a créés à son image. Il leur annonce la fin ultime de leurs souffrances et leur rédemption.

Mais Dieu n’est pas qu’un Dieu de paroles. Il agit concrètement et certaines de ses actions passent parfois inaperçues dans le texte, tandis qu’elles revêtent une importance prophétique capitale.

Genèse 3.21

21 L’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit.

Au-delà de la narration et de l’apparente réponse de Dieu à une situation embarrassante, il ne faudrait pas aboutir à la conclusion simpliste que l’Éternel est un excellent tailleur, bien meilleur que l’être humain.

La nudité découverte par le premier couple humain est de toute évidence une conséquence de leur péché. La honte de la nudité est devenue celle du péché qui ne peut être cachée par quelques artefacts maladroitement fabriqués par la main de l’homme.

Ici, l’Éternel ne parle pas, mais il agit concrètement, confectionnant lui-même de quoi couvrir cette honte innommable, tandis que les feuilles de figuier employées à cet effet n’arrivaient pas à faire illusion.

J’ai un figuier dans mon jardin et ses feuilles sont particulièrement grandes, mais je ne m’aventurerais pas à essayer de faire un vêtement avec quelques-unes d’entre elles.

Est-ce alors un détail anecdotique que de préciser que l’Éternel revêtit lui-même Adam et Ève ? Il aurait pu tout aussi bien leur dire d’aller s’habiller seuls dans un coin en leur tendant leurs nouveaux vêtements.

Il est vrai qu’ils manquaient singulièrement d’expérience. Non seulement ils n’étaient guère doués pour se fabriquer des vêtements, mais ils n’étaient pas davantage expérimentés pour en porter. À ce stade, on ne peut qu’imaginer le profond désarroi d’Adam et Ève. Car sur le plan spirituel, cela en dit beaucoup.

Que peut donc alors signifier cette courte phrase impliquant totalement le créateur pour ses créatures ?

Dieu aurait-il eu finalement pitié de l’incompétence humaine ?

À moins que ces quelques mots veuillent tout simplement souligner l’incapacité totale de l’homme et de la femme à répondre efficacement au problème de la honte survenue après leur faute.

Le midrash et même Rachi restent évasifs sur le fait, préférant spéculer sur la nature proprement dite du vêtement. S’agissait-il d’une peau très fine, épousant parfaitement le corps, ou un tissu fait à partir des poils d’un animal ?… En définitive, cela importe peu. Le but n’était pas de participer à un concours d’élégance ou de se protéger du froid. La honte du péché était tout simplement insupportable à la vue de l’homme et sans aucun doute aussi à la vue de Dieu.

Une question demeure sous-jacente au bref récit qui nous est donné. La création originelle ignore la mort et à aucun moment, on ne voit l’homme ou d’autres créatures devoir tuer pour se nourrir. Le régime de ce temps est végétarien. La première fois où il est question dans le texte biblique d’un animal mort par la main d’un homme, c’est dans l’offrande d’Abel au chapitre 4.

Mais au stade où nous en sommes, au moment où Dieu s’occupe de couvrir la nudité du premier couple humain, la mort n’a encore touché aucun individu, homme ou bête.

Dès lors, il semble évident que pour couvrir le corps de l’homme et de la femme avec des tuniques faites de peau, un animal au moins a été nécessairement mis à mort.

Dieu n’indiquait-il pas de cette façon, de manière implicite, que la honte du péché se payait par la mort d’un innocent ?… Que du sang devait être versé pour que les conséquences du péché soient couvertes ?…

J’imagine sans mal la gêne palpable d’Adam et Ève, contraints en quelque sorte de revêtir la peau d’un animal qu’ils avaient peut-être quelque temps auparavant caressé et nommé affectueusement. L’animal leur était cher, mais pas autant qu’à Dieu qui en était le créateur.

Confrontés pour la première fois à la mort, celle de l’animal, on ne peut exclure que Dieu ait agi ainsi sous leurs yeux, histoire de marquer les esprits.

Le texte ne le précise pas, mais nous pouvons supposer que Dieu a été très concret. Sans verser dans le sordide, la peau avant de pouvoir servir pour un vêtement doit être lavée et tannée.

Bien entendu, tout a commencé par la mort de l’animal. Son sang a éclaboussé la     poussière sur le sol. Sa chair a ensuite été déchirée et finalement sa peau écartée. Un spectacle peu agréable dont le premier couple humain a sans doute été le témoin malgré lui. 

À présent, ils allaient devoir se souvenir de l’animal sacrifié par Dieu lui-même pour eux, chaque fois qu’ils verraient leur reflet dans l’eau. Le sang versé de l’animal imprimerait leur esprit plus durablement que jamais.

Par cette brève assertion dans le texte biblique, Dieu dévoile assurément son intention.

La honte du péché manifestée par la nudité révélée ne peut s’effacer sans que du sang soit versé et qu’une mort soit constatée.

Nous comprenons en filigrane de cette histoire le chemin de salut que Dieu veut faire emprunter à l’homme.

La première mention d’un sacrifice et d’une offrande à Dieu pour le rendre propice nous est donnée aussitôt après cet épisode dans l’affaire terrible du meurtre d’Abel par son frère Caïn (chapitre 4). En effet, ils viennent l’un et l’autre auprès de Dieu pour lui être agréables en apportant chacun son offrande.

Caïn offrira le fruit de son labeur, sans doute les premières gerbes de céréales, tandis qu’Abel apportera les premiers-nés de son bétail, avec la graisse de celui-ci.

Parmi les commentateurs chrétiens, il en est beaucoup qui s’empressent de juger l’offrande végétale de Caïn comme de moindre valeur que celle animale d’Abel. L’accueil favorable de l’offrande de ce dernier semble confirmer cette lecture des choses et souligner la prééminence d’une offrande sanglante.

En réalité, les offrandes végétales sont tout à fait acceptables au regard de la Torah. Ici cependant, la condamnation de Caïn est peut-être moins due à son offrande qu’à son propre comportement.

Ce qui est certain, c’est que commence dans ce chapitre un processus que Dieu a initié sans doute implicitement avec la confection des tuniques de peau pour le premier couple de l’humanité. Cette voie nouvelle conduira l’homme à verser du sang pour recevoir le pardon de Dieu et être accueilli favorablement.

Depuis l’aube des temps, les hommes agissent ainsi, apportant offrande après offrande pour apaiser la colère de la divinité. La Torah donnée aux israélites et les nombreuses mitsvot (commandements) qui régissent la manière de conduire le sacerdoce et les sacrifices tirent fondamentalement leur origine de ce premier sacrifice opéré par Dieu pour couvrir la faute du premier couple humain.

Ce qui caractérise notre monde contemporain, mais cela n’est pas vraiment nouveau, c’est le refus d’accepter que pour obtenir le pardon de Dieu et être bien accueilli par lui, il faille que du sang innocent soit versé. Celui d’un animal n’est dans notre verset que précurseur de quelque chose qui dépasse l’entendement, la mort d’un premier-né (comme dans l’offrande d’Abel).

Car ce qui dépasse l’événement tragique de la mort d’Abel, ce n’est pas son offrande jugée plus agréable que celle de son frère, c’est sa propre mort.

Je ne doute pas des sentiments qui ont pu être ceux de Dieu quand il a égorgé l’animal pour en revêtir de sa peau Adam et Ève. Ce que le texte prophétique sous-entend à demi-mot, c’est que pour la rédemption de l’humanité, il faudrait qu’un homme meure.

Mais pour en arriver à cette révélation-là, il faudra attendre encore…


[1] La Brit ‘Hadacha : littéralement la « Nouvelle Alliance », le livre qui englobe les Évangiles et tous les écrits du Nouveau Testament.

[2] Voir numéro 589 du Berger d’Israël.

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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