Va-t-en pour toi! (BI 574)

En ces temps troublés où la pression de l’antisémitisme devient pour beaucoup dans notre pays difficilement supportable et où la question du départ pour Erêtz Israël ne s’est jamais autant posée, je me suis demandé s’il ne fallait pas essayer de se forger une réponse à cette question à la lumière de la Torah et des nombreuses expériences semblables ou presque qu’elle nous relate.

Les Juifs sont, depuis des millénaires, davantage des nomades errant d’un endroit à un autre que des sédentaires attachés à un lieu unique. Pour beaucoup, le Juif revêt une sorte d’universalisme qui le fait appartenir à tous et en tout lieu, en même temps que sans attache précise ou définitive. Ceci étant, Israël n’en demeure pas moins un peuple avec une histoire, des racines et une terre où il a grandi et existé comme toutes les nations. Et si certains lui contestent cette légitimité aujourd’hui, la Torah et toute la Bible entretiennent ce lien sans aucune ambiguïté. La restauration en 1948 de l’État d’Israël en tant que nation sur son territoire originel n’est pas le fruit d’un malentendu politique, d’une coïncidence historique ou d’une injustice manifeste. Le rapport du peuple juif à sa terre est unique, le plus long qui ait pu être constaté dans l’histoire de l’humanité et le plus « parlant », pour ne pas dire « troublant » pour nos contemporains.

Cependant, depuis deux siècles, les raisons de l’alyia[1] des Juifs ont été multiples. Elles ont été, à l’époque des pionniers du 19ième siècle, souvent une épopée aux saveurs messianiques. D’autres fuyaient les pogroms. D’autres encore, après la Shoah, n’avaient plus d’autres attaches et tentaient de fuir les démons du passé et du pays de leur naissance. Aujourd’hui, en France, ceux qui se posent la question d’un éventuel départ pour Israël réagissent au sentiment d’insécurité du moment, avec en sus la conviction de plus en plus grande que cette insécurité va durer et même s’accentuer sans que les autorités puissent y remédier.

Dans l’Écriture, les hommes et les femmes de Dieu ont toujours été à un moment ou un autre des pèlerins, des voyageurs, tantôt volontaires, tantôt forcés. La fragilité de l’existence est en quelque sorte constamment rappelée à l’homme. Il est venu nu dans ce monde et en repart de la même manière. Il n’y a rien qu’il puisse en emporter. L’attachement excessif à la terre et aux richesses de ce monde est bien souvent soulignée comme une vanité. La précarité d’un abri ou d’une tente nous est même rappelée de manière très concrète à Souccoth, non pour l’inconfort, mais pour enseigner à l’israélite sa dépendance de Dieu dans toutes les circonstances de la vie.

S’il est un personnage de la Bible qui reflète à mon sens une image juste de ce que pourrait être l’attachement du croyant pour la terre, c’est bien Abraham.

Le récit bien connu de son appel à quitter son pays pour le pays de Canaan a été diversement interprété et considéré bien souvent comme un modèle de foi et de confiance dans le Dieu unique.

Le récit biblique nous fait découvrir Abram à l’âge de 75 ans, mais il est évident qu’il a déjà vécu auparavant bien des années avec son Dieu.

Le texte biblique et la tradition juive nous laissent entrevoir quelques détails intéressants de sa vie d’alors. Abram est né à Ur en basse Mésopotamie. Il est issu d’un père fabriquant d’idoles et haut placé à la cour du roi. Son grand-père Nahor est un éminent astrologue.

Il n’est donc pas difficile d’imaginer Abram comme un homme dont la situation matérielle est plutôt confortable. Il vit probablement de manière sédentaire et dans une maison en dur.

Selon la tradition, Abram vient à la foi dans le Dieu unique à l’âge de 5 ans (comment ? on ne le sait pas) et est caché jusqu’à l’âge de 13 ans à l’abri des complots du roi qui voit en lui (par ses astrologues ?) un adversaire spirituel.

Sans entrer ici dans ces détails parfois incertains, nous noterons seulement qu’Abram est un disciple de Dieu bien avant son appel à quitter le pays de sa naissance. Il est marié à Saraï, sa demi sœur, et son départ pour Harân s’effectue dans des circonstances particulières mentionnées en partie au chapitre 11 de la Genèse. On peut du reste suggérer que le début du chapitre 12 ne suit pas une stricte chronologie avec la fin du chapitre qui précède.

Lisons à présent le chapitre 12 :

1 L’Éternel dit à Abram : Va–t’en de ton pays, de ta patrie et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai.

2 Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand. Deviens donc (une source) de bénédiction.

3 Je bénirai ceux qui te béniront, Je maudirai celui qui te maudira. Toutes les familles de la terre Seront bénies en toi.

4 Abram partit, comme l’Éternel le lui avait dit, et Loth partit avec lui.

Selon la tradition, Abram (du chapitre 12 au chapitre 25) va vivre et surmonter « 10 épreuves » particulières. La première et la dixième sont celles que les rabbanim considèrent comme les plus difficiles. Il s’agit de l’appel primitif d’Abram (chapitre 12) et de ce qu’on appelle l’Akédah, la demande de Dieu d’offrir Isaac en sacrifice (chapitre 22).

Notre texte est très dense et il nous faut oublier, pour autant que possible, ce que nous connaissons de la suite du récit et du reste de la Bible, pour nous plonger dans l’univers du patriarche.

« L’Éternel dit à Abram : Va–t’en de ton pays, de ta patrie… »

Le’h Lé’ha – littéralement Va-t’en pour toi. Cette même expression – Le’h – est curieusement reprise par le pharaon au verset 19 pour signifier à Abram son départ immédiat de sa présence. Une injonction en l’occurrence plutôt brutale.

Les rabbanim suggèrent que l’expression, dont la valeur numérique[2] est 100, donne une indication du temps ou de l’époque de la réalisation de la promesse (la naissance d’Isaac à l’âge de 100 ans). D’autres penchent pour l’indication du temps restant à vivre à Abram (75 + 100 ans). Mais cela reste en définitive anecdotique en considération de ce que le patriarche va éprouver au cours de sa vie.

Les commentateurs se sont penchés sur le sens de l’action demandée par Dieu à Abram : Que signifie « quitter son pays » ?… « sa patrie (ou le pays de sa naissance) » ?… et la « maison de son père » ?…

Il ne s’agit pas d’une simple migration géographique, même au prix d’une foi exemplaire pour partir vers un pays encore inconnu pour lui.

Peut-on alors s’approprier la même démarche comme une vocation spirituelle du croyant ?…

La foi conduit parfois à quitter le pays de ses racines, ses attaches culturelles, voire même sa propre famille. Cela a été en partie le cas pour Abram. Il viendra sans doute aussi à l’esprit du lecteur de la Bible l’exemple de Ruth qui quitte le pays de Moab pour Israël, une démarche spirituelle courageuse et un témoignage de foi qui a touché sa famille d’adoption à Bethléhem. Un modèle typologique qui doit interpeller le non-juif, comme également, mais d’une autre façon, le Juif[3].

En ce qui concerne Abram, le texte biblique ne s’embarrasse pas de détails inutiles, mais nous pouvons nous imaginer aisément toutes les questions que s’est posé le patriarche en recevant l’appel divin. Abram a sans doute réfléchi longuement à sa situation matérielle, la précarité et les dangers d’un voyage long et sans certitude quant à la destination ou les conditions d’accueil. Le plus difficile a probablement été de faire entrer dans une même démarche de foi les membres de sa famille, Saraï, Loth et surtout… son propre père, dont le business lucratif était assurément un frein à son départ. A cette époque, il n’était pas non plus concevable d’abandonner un parent âgé, qui plus est un père, même s’il ne suivait pas les traces des disciples d’Héber. La « pause » d’Abram à Harân jusqu’à la mort de son père explique bien des choses. Mais Dieu, apparemment, s’en accommode et Abram poursuit son voyage jusqu’en Canaan.

L’expression « va-t’en pour toi ! » adressée au patriarche en tant que croyant a pu par ailleurs signifier pour certains rabbanim, « prends-toi en main maintenant et sort de l’environnement dans lequel tu te trouves pour entrer dans la dimension universaliste du croyant dans le Dieu unique… ».

Gérard Touaty[4] souligne une ressemblance entre le mot haârtzi (ton pays) et artziouth qui signifie matérialisme. Il y voit peut-être une manière d’inviter le patriarche à se détacher de toute contingence matérielle excessive pour vivre plus simplement et consacré totalement à sa mission. C’est peut-être en ce sens qu’il faut comprendre le changement inhabituel de mode de vie d’Abram, de sédentaire à nomade. Même en Canaan, Abram restera nomade et voyageur sur la terre de la promesse.

Plus qu’un mode de vie, c’est un tout nouvel état d’esprit qu’adopte l’homme de Dieu. Son rapport au matériel change radicalement. Ce qui ne l’empêchera pas de devenir l’homme le plus riche de la région.

A aucun moment, il n’entreprend ce qui pourrait ressembler à une démarche d’installation définitive. La première fois qu’il achète une terre, c’est à l’occasion de la mort de sa femme Sara. Il acquiert alors une propriété funéraire à Éphron le Hittite, ce à un prix très élevé (Genèse 23). Nous allons y revenir à la fin de cette étude.

Genèse 12.2 Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand. Deviens donc (une source) de bénédiction.

3 Je bénirai ceux qui te béniront, Je maudirai celui qui te maudira. Toutes les familles de la terre Seront bénies en toi.

Dieu annonce ici trois choses qu’il va faire :

  1. Je ferai de toi une grande nation (goï gdola). Dans un contexte où la seule nation vraiment importante à ce moment-là est Babylone, royaume particulièrement rebelle au Dieu créateur, la promesse est sans aucun doute à interpréter comme l’intention de Dieu de faire, à travers Abram, une nation de croyants dans le Dieu unique. Il ne s’agit pas de signifier à Abram que cette nation de croyants sera nécessairement issue de sa descendance, mais peut-être plutôt le fruit de son action et de son témoignage.
  2. Je te bénirai…: Rachi et quelques autres suggèrent que la bénédiction en question est avant tout matérielle et vient en complément de l’élévation spirituelle dont Abram est l’objet par la seule promesse.

Est-ce seulement une promesse de réussite ?… Le matériel est certes important à cette époque et souvent l’expression d’un succès, mais il est aussi en l’occurrence un instrument témoignant de la véracité de la promesse divine comme le suggère la suite…

  1. Je rendrai ton nom grand…: c’est bien la bénédiction qui fait d’Abram un personnage important à cause du nom de Dieu sur lui.

Ce n’est pas qu’Abram soit quelque chose en lui-même. C’est Dieu qui béni et qui est à l’origine de la réalisation de la promesse sans que ce dernier ait eu préalablement à agir pour y contribuer.

Après ces trois expressions où Dieu est le sujet, la parole suivante est plutôt une injonction en forme d’exhortation : Deviens donc (une source) de bénédiction…

Dieu bénit Abram et il lui demande ensuite de servir en quelque sorte de canal pour qu’il devienne à son tour une source de bénédiction.

Si à priori (comme le suggère la suite), Abram sera d’abord une source de bénédiction matérielle ; il n’en demeure pas moins qu’il sera aussi une source de bénédiction spirituelle par le témoignage qu’il rendra.

Ceci étant, on ne peut pas exclure une dimension supérieure qui dépasse le cadre de la vie d’Abram par le fait que de lui sera issu le Machiah’ (Actes 3 :25 et 26 : Vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a traitée avec nos pères, en disant à Abraham : Toutes les familles de la terre seront bénies en ta descendance. C’est à vous premièrement que Dieu, après avoir suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de ses iniquités.

Dieu reprend l’initiative en précisant la manière dont la promesse va ici se réaliser : Je bénirai ceux qui te béniront… : Voilà bien la façon dont Dieu va attirer des hommes vers Abram en même temps que confirmer la promesse que ce dernier ne manquera pas de propager.

Des hommes et des femmes embrasseront bien sûr la foi du patriarche. Mais il y aura aussi des individus qui viendront dans l’environnement de l’Homme de Dieu à cause de la bénédiction. L’accroissement considérable des richesses d’Abram n’est pas le fruit de ses mérites, mais le produit de la seule promesse de Dieu qui de cette façon conduit Abram à devenir en quelque sorte un homme au « grand nom ».

Je maudirai celui qui te maudira… : Il est intéressant de noter que la bénédiction va à un pluriel, tandis que la malédiction va à un singulier.

Les rabbanim suggèrent qu’il s’agit ici de distinguer d’un côté la bénédiction des cohanim (prêtres) : Nombres 6.23 Que l’Éternel te bénisse et te garde ! Que l’Éternel fasse briller sa face sur toi et t’accorde sa grâce ! Que l’Éternel lève sa face vers toi et te donne la paix ! C’est ainsi qu’ils mettront mon nom sur les Israélites, et je les bénirai. – de l’autre, la malédiction infructueuse de Balaam : Nombres 22 : 5 Il envoya des messagers auprès de Balaam, fils de Beor, à Petor sur le fleuve, sa patrie, afin de l’appeler et de lui dire : Voici un peuple qui est sorti d’Égypte, qui couvre la surface de la terre et qui habite vis–à–vis de moi. Viens, je te prie, maudis–moi ce peuple, car il est plus puissant que moi : peut–être ainsi pourrai–je le battre et le chasserai–je du pays, car je sais que celui que tu bénis est béni, et que celui que tu maudis sera maudit.

Remarquons ici que les formulations ont une valeur normative encore aujourd’hui car il est avéré que la bénédiction des cohanim comme la volonté de maudire de Balaam s’inspire de la parole adressée à Abram.

La bénédiction est liée au nom de Dieu et la malédiction est le fait des ennemis de Dieu, de ceux qui veulent s’approprier le nom de Dieu pour bénir ou maudire au gré de leur cupidité ou de leurs craintes.

Toutes les familles de la terre Seront bénies en toi.

Cette dernière expression traduit le fait qu’Abram est appelé à bénir et non à maudire et que la malédiction vient en réalité sur ceux qui rejettent le nom de Dieu.

Cette prophétie en général est attribuée à un temps futur lié à l’avènement du Machiah’. Cela est vrai en grande partie. Je suggère toutefois une lecture également immédiate.

En effet, Abram est un universaliste, un homme porté naturellement vers les autres, de quelques peuples qu’ils soient. Il est altruiste et pense avant tout à sa mission de son vivant. C’est aujourd’hui et maintenant qu’il se doit d’agir pour être une source de bénédiction pour les familles de la terre comme il le pense.

Il a une perception à la fois « singulière » (individuelle) de sa mission et une visée universelle (le monde entier).

N’oublions pas qu’il n’a à ce stade pas d’enfants et que la promesse n’est pas encore suffisamment précise pour lui faire découvrir une portée plus prophétique de sa mission. Ce n’est qu’en Genèse 15 que Dieu lui fait voir une autre dimension de la promesse en lui annonçant une partie de la destinée du peuple qui sortira de lui.

Sa richesse (en tout point) est moins un effet que la manifestation qu’il devient lui-même dès à présent un « grand nom » et une « grande nation ». Il le démontrera entre autre par la suite lors de sa guerre face aux rois de Mésopotamie…

Saraï, son épouse, a un rôle plus effacé et comprend rapidement, au contraire de son mari, que la promesse passe par sa descendance et donc au travers d’elle comme mère. Elle mettra alors tout en œuvre pour la réalisation de la promesse.

Une des questions que suggère le texte est : Faut-il voir dans la descendance d’Abram, à savoir Israël, une prorogation de la promesse de Genèse 12.3 ? Beaucoup le pensent, mais la plupart n’en font aucun cas.

Prenons d’abord en considération l’angle de celui qui est amené à bénir, à la manière d’Abram – c’est à dire Israël à la suite du patriarche :

Les fils d’Israël ont été source de bénédiction par le fait qu’ils ont engendré le Machiah’. Mais cela ne s’arrête pas là et l’on doit comprendre la bénédiction sous deux aspects.

En premier lieu, les israélites ont, paradoxalement, par leur rejet du Machiah’ lors de sa venue, été source de bénédiction pour les nations comme l’énonce l’apôtre Paul : Romains 11 :11 et 12 : Je dis donc : Ont–ils trébuché afin de tomber ? Certes non ! Mais, par leur chute, le salut a été donné aux païens, afin de provoquer leur jalousie. Or, si leur chute a été la richesse du monde, et leur défaite la richesse des païens, combien plus en sera–t–il ainsi de leur complet relèvement ?

Quelle étonnante présentation de l’apôtre lorsqu’il déclare que l’incrédulité d’Israël a été source d’enrichissement – une véritable « bénédiction » – pour les nations. Curieux paradoxe que celui du reproche fait ensuite aux Juifs pendant des siècles de ne pas avoir reconnu le Messie. Et s’il en avait été autrement ?… Aurait-on reproché aux Juifs de ne pas « partager » leur Messie ?… Mais le plan de Dieu était tout autre. Il dépasse et transcende l’histoire des hommes. Il ne fait pas de considération de personne. La venue du Messie est une bénédiction pour les Juifs ET pour les nations, sans aucune distinction.

En réalité, la pérennité d’Israël jusqu’à ce jour demeure un témoignage et un test pour les nations dont la vocation spirituelle était de rendre « jaloux » le peuple d’Israël, d’une « jalousie » pour leur Machiah’. Une vocation à laquelle les nations ont dans l’ensemble failli. Or, une des expressions de la reconnaissance des nations n’aurait-elle pas dû être justement ce témoignage en retour du salut qu’ils ont reçu au travers du Messie Yéchoua’ ?…

Un deuxième aspect, qui demeure encore aujourd’hui, est celui de la grâce divine qui est toujours sur ceux qui bénissent Israël. Il est indéniable que le peuple juif a toujours été une source de bénédiction pour celles parmi les nations qui ont accueillis favorablement les Juifs et qui ont bénéficié de la grâce de Dieu par l’intermédiaire des Juifs.

Si l’on prend à présent en considération les nations ou les individus qui ont cherché soit la bénédiction, soit la malédiction d’Israël, leur sort a été conditionné à la promesse de Genèse 12.3.

Dans les temps présents et à l’échelle du monde, on peut sans aucun doute encore affirmer la pérennité de la promesse de Genèse 12.3. Cela constitue aussi bien un encouragement qu’un avertissement pour notre pays et les nations qui nous entourent ou qui menacent Israël.

Abram n’avait évidemment que peu perçu cette dimension eschatologique de la promesse divine et des conséquences de son obéissance à l’ordre de quitter le pays de sa naissance.

Sa foi a mûri d’abord dans un environnement profondément idolâtre et il se voyait peut-être contraint et forcé de manifester sa foi dans un contexte hostile et dans les limites de sa ville, à ses yeux le centre du monde.

Loth, lui aussi, pensait qu’installé à Sodome il pourrait tant bien que mal être un témoin au milieu d’une génération hostile. Or les hommes de son temps ne l’ont pas vu de cette manière (Genèse 19.9) et c’est Dieu qui ira finalement le chercher avant de détruire la ville rebelle.

Le départ d’Abram pour une terre inconnue est en quelque sorte un appel à dépasser l’horizon de ce qu’il voit pour entrer dans le domaine de la foi en ce qu’il ne voit pas encore. Pour cela, il va devoir apprendre à se détacher de ce qui le retient : confort, sécurité, famille… pour pleinement accomplir sa mission qu’il perçoit comme universelle, bénir les hommes en témoignant de sa foi dans le Dieu unique.

Le pays de Canaan lui est échu, mais il demeure un voyageur sur sa propre terre. La promesse divine qu’il a propagée dans le pays lui assure une relative sécurité en même temps qu’elle attire vers lui des hommes et des femmes en « quête » de la bénédiction divine. Finalement sa mission qui lui est prioritaire l’oblige à se déplacer en même temps qu’à se détacher de la terre qui lui est pourtant promise. Abram a reçu une mission qui le dépasse et surtout, il n’en percevra vraiment la portée au-delà de sa propre vie que dans l’expérience de la « dixième épreuve », avec l’Akédah d’Isaac.

A la mort de Sara[5], contre toute attente, Abraham, le voyageur sans attache, achète une propriété funéraire. Je pense qu’il réalise à présent l’importance de la promesse de Dieu au-delà de sa mort et il souhaite assurer d’une certaine manière la transmission de son message par-delà les générations après lui. Cette propriété funéraire est aujourd’hui encore – 4000 ans après – un témoignage qui perdure pour le Dieu unique.

La terre d’Israël, objet aujourd’hui de tant de convoitise, est étroitement liée à son peuple et constitue un signe qu’il ne faut pas négliger. Cependant, pour bien des Juifs – en ont-ils seulement bien conscience ? – cette aspiration au « retour » fait écho au lointain appel d’Abram. Mais plus que la terre en elle-même, c’est la bénédiction du patriarche qui doit nous attirer vers ce lieu. Certains partent par crainte, d’autres par obéissance. D’autres encore s’en sentent incapables. Peu importe finalement, du moment qu’au bout de la route tous fassent la rencontre de leur Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… et de celui que ces derniers ont tous salué de loin, le Machiah’ Yéchoua’.

Guy ATHIA

[1] Alyia est le terme désignant le retour des Juifs de diaspora vers Israël. La racine du mot en hébreu signifie monter, allusion à la montée des pèlerins juifs vers Jérusalem (la ville étant située à 950 mètres d’altitude).

[2] La valeur numérique selon les règles de la guématria. Les lettres ont chacune une valeur propre qui permettait aux scribes de vérifier leur travail de copiste. C’est aussi une technique très usitée par les cabbalistes.

[3] Ruth 1.16 et 2.11.

[4] Gérard Touaty : En commentant la Paracha Tome 1 Béréchith. Ed. A.J.Presse

[5] Genèse 23. Juste après l’Akédah d’Isaac.

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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