Le sacrifice le plus estimé de tous (BI 576)

Si le titre est de moi-même, la formule est d’un autre, en l’occurrence des rabbanim. Parmi tous les divers sacrifices offerts sur l’autel, il en est donc un que les rabbins ont toujours considéré de tout temps comme au-dessus de tous les autres. Quel est-il et pour quelle raison a-t-il été estimé au-dessus de tous les autres ?… Voilà la question à laquelle je me propose de répondre brièvement dans ce présent article.

Ceci étant, certains trouveront impertinent de traiter d’un sacrifice, même très estimable, dès lors que ces derniers n’ont plus cours depuis déjà près de 2000 ans. Le Rambam – Maïmonide[1] – déclarait cependant ceci : Depuis la destruction du Temple, il est des commandements qui n’ont pour action que le support du Verbe : les sacrifices. Il ajoute encore, dans son ouvrage Guide des égarés : « … dans les temps futurs, les sacrifices n’auront plus cours, et cependant nous continuerons à les étudier comme si la lecture révélait toute la sainteté de ce précepte ». S’il encourageait ainsi ses disciples à étudier les textes relatifs à l’économie lévitique, même après qu’ils aient cessés, c’est qu’il y discernait sans aucun doute un sens et un enseignement fondamentaux pour le Juif.

Je ne peux qu’approuver sa démarche en précisant que l’intention de Dieu, dès les premières pages de Béréchit et par la suite, est de révéler à toute l’humanité le profil et la mission du Messie rédempteur.

Du premier sacrifice – sous-entendu en Genèse 3 après la première faute d’Adam et Ève – au culte lévitique mis en place sous la direction de Moïse, en passant par le sang de l’agneau pascal sacrifié pour le rachat des israélites, tout évoque de manière plus ou moins voilée la vie du Machiah’ donnée en rançon pour notre Salut.

La vie du Messie Yéchoua’ qui sera donnée pour le pardon des péchés d’Israël ne devrait pas alors outre mesure nous surprendre. Elle est justement comme contenue dans le « sacrifice le plus estimé de tous » dont parlent les rabbanim.

Il est donc une nécessité pour nous de bien comprendre ce dont parlent les Sages d’Israël quand ils considèrent avec autant d’attention un seul sacrifice au regard de tous.

Pour aller plus loin, il nous faut nous plonger dans le livre du lévitique. Je sais bien que ce livre est de loin celui que le lecteur cursif de la Bible appréhende le plus. En effet, comment donc se plonger dans cette multitude de lois rituelles relatives aux sacrifices offerts à Dieu sans s’y perdre un peu ou complètement ?… Encore n’évoquerons-nous pas toutes les lois qui concernent la purification et les rites qui l’accompagnent. Des textes bien plus profonds qu’on ne peut l’imaginer, mais qui ne sont pas l’objet de notre étude aujourd’hui.

Si l’aventure vous tente, prenons le « risque » à cheminer ensemble dans le dédale des rites du lévitique et des pensées parfois surprenantes des rabbanim pour découvrir les perles évoquant le Messie sauveur. Celles-ci ne peuvent que nous émerveiller et nous conduire à rendre gloire au Dieu d’Israël d’avoir envoyé son Messie Yéchoua’ il y a 2000 ans.

Et si alors il n’y a plus eu qu’un seul sacrifice à considérer, le plus estimé de tous, il apparaît comme une évidence que le Temple était voué un jour à disparaître.

À ce stade de notre étude, un bref rappel historique s’impose :

  • Au cours de l’histoire qui précède la construction du Tabernacle et la promulgation des lois sur les sacrifices, Dieu communiquait généralement aux hommes de manière individuelle et personnelle.
  • En dehors du contexte du jardin d’Eden et des premiers patriarches avant Noé, Dieu s’adressait directement à des hommes de manière intelligible. La notion de sacrifice pour rendre Dieu propice (c’est le sens du mot propitiatoire) était déjà présente. Une allusion sans doute au premier sacrifice que Dieu a offert lui-même pour pouvoir revêtir de peau le premier couple humain (Genèse 3).
  • Abraham et bien d’autres ont offert des sacrifices sanglants à Dieu. Les sacrifices étaient d’ailleurs également présents dans les cultes païens. Le sacrifice sanglant tenait donc une place centrale dans le rapport à Dieu.
  • Les israélites sont restés 400 ans en Égypte. Ils y ont laissé des traces, mais ils y ont aussi emprunté bien des éléments culturels et cultuels de l’Égypte païenne.

Toujours est-il que le peuple va recevoir à présent de Dieu des instructions précises afin de s’écarter de tout ce que le paganisme égyptien leur avait appris en matière de sacrifice.

Nous vivons aujourd’hui dans une société où – d’une certaine façon – la notion même de sacrifice n’est plus du goût du jour. En période de crise, le « sacrifice » – au sens propre comme au sens figuré – n’est plus un concept admissible. Et si sacrifice il y a, il l’est sous la contrainte – économique, familiale, pour ne pas dire crûment dans l’action terroriste.

Il est de moins en moins accepté que le sang versé – par un animal ou par qui que ce soit – puisse servir de rançon pour le pardon des péchés. D’où la difficulté peut-être d’aborder sereinement ce livre de Va-Yikra (lévitique).

S’il fallait retenir une seule leçon des premiers chapitres du lévitique, ce serait sans doute le lien entre la miséricorde de Dieu et la justice divine. Pas de pardon sans effusion de sang.

C’est du reste ce que rappelle par ailleurs l’auteur de la lettre aux Hébreux, lorsqu’il affirme :

Hébreux 9:22 : Selon la loi, presque tout est purifié avec du sang ; et sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon.

Or, l’abrogation des sacrifices en même temps que la destruction du Temple et de tous ses rituels, il y a près de 2000 ans, incline à penser que cette démarche avait vocation à demeurer que pour un temps limité, jusqu’à un temps de réforme, comme en parlent aussi les prophètes. Ceux-ci évoquent d’ailleurs souvent l’avènement du Messie comme l’indication du terme de cette économie.

Le livre de Va-Yikra est donc, à mon sens, une sorte d’approche pédagogique de Dieu, pour conduire et préparer son peuple à comprendre, à assimiler et même à accepter le sacrifice divin du Messie qui le réconcilie avec le Père.

Et s’il y a eu un temps pour découvrir, apprendre, comprendre et révéler le plan divin de Salut, l’heure est aussi venue, à un moment fixé par le Père, de passer à la réalité du pardon dans le don de Yéchoua’ le Messie, offrant sa vie en sacrifice.

Les commentateurs juifs l’avaient bien compris. Le Rambam a lui-même discerné que l’Alliance lévitique ne serait pas éternelle. Ce qui était voilé devait être dévoilé et pleinement réalisé.

Il est donc fondamental d’étudier ce qui peut nous apparaître comme désuet et futile et qui pourtant est incontournable pour comprendre le sens de la Nouvelle Alliance annoncée par le prophète Jérémie (chapitre 31).

Les sacrifices d’animaux ne constituent donc pas en soi une finalité, mais un révélateur du Messie souffrant et donnant sa vie, au même titre que l’akéda d’Isaac[2] et bien d’autres évènements racontés dans la Torah, levant à chaque fois un coin du voile.

Dans la première paracha de Va-Yikra, les korbanot (offrandes offertes en sacrifice) étaient présentées en relation avec celui qui offre l’offrande – l’offrant donc.

Dans les chapitres qui suivent – la paracha Tsav – ces mêmes korbanot sont abordées sous l’angle des sacrificateurs et de leur service.

Voyons à présent un premier texte :

Lévitique 6.1

L’Éternel parla à Moïse, et dit : 2Donne cet ordre à Aaron et à ses fils, et dis : Voici la loi de l’holocauste. L’holocauste restera sur le foyer de l’autel toute la nuit jusqu’au matin, et le feu brûlera sur l’autel.[3]

Ces deux premiers versets mettent en perspective les korbanot – les offrandes – sous l’angle du travail des sacrificateurs.

En effet, l’israélite qui vient avec son offrande ne s’occupe de rien d’autre que de « vider » sa conscience au moment du sacrifice, puis il confie la suite des opérations aux sacrificateurs qui, selon les circonstances, vont préparer l’animal pour être dépecé, partagé et brûlé sur l’autel.

L’israélite ne s’occupe pas de toutes ces tâches assez complexes. Une partie de l’offrande sera aussi le plus souvent conservée pour la consommation personnelle des sacrificateurs (car ils n’avaient pas d’autres revenus).

Dans toute cette mise en place des règles relatives aux sacrifices, les sacrificateurs se devaient d’agir avec zèle et probité.

Ils étaient conscients de leur responsabilité de « rendre proche » les israélites devant le Seigneur. D’ailleurs, en hébreu korban dont la racine est la même que pour Va-Yikra (Karov), signifie « appeler » ou « rendre proche », ou encore « être proche ».

Le sacrifice – Korban – a donc pour vocation de nous « rapprocher de Dieu ». Or le peuple ne pouvait envisager cette « proximité », cette « intimité » avec Dieu, sans un intermédiaire. Moïse le sera pour un temps, mais en réalité, c’est le sacrifice – quel qu’il soit – qui avait pour seule vocation de rapprocher l’homme de son créateur.

Et la première des dispositions relatives aux sacrifices est celle du lieu :

Lév. 1 : 3-4 :

3 Si son oblation est un holocauste de gros bétail, il offrira un mâle sans défaut ; il l’offrira à l’entrée de la tente de la Rencontre pour qu’il soit agréé devant l’Éternel.

4 Il posera sa main sur la tête de l’holocauste qui aura l’agrément de l’Éternel pour lui servir d’expiation.

Le sacrifice doit être présenté devant l’Éternel et sur son unique autel, nulle part ailleurs.

C’est le sacrificateur seul qui peut apporter l’offrande sur l’autel. Le chemin qui conduit l’israélite à se rapprocher de son Dieu passe par un lieu unique et un intermédiaire qui fait office de médiateur entre l’homme et son créateur.

Pour nous lecteurs du 21e siècle, peut-être embarrassés par tout ce sang versé, il est possible que nous nous posions la question suivante : Ne pouvait-on pas faire autrement ?…

Pour les rabbanim, mais aussi peut-être pour la plupart des autres cultes païens, l’homme a été séparé de son Dieu lors de la chute du premier couple humain. L’homme, chassé du jardin, cherche depuis lors, par divers moyens, à retrouver cette communion intime avec son créateur.

Pour les Maîtres du judaïsme, l’homme se compose d’un corps physique doté du nefesh – son principe vital qu’est la vie, symbolisé par son sang qui coule en lui-même – de même que la neshama que beaucoup traduisent par son âme dont la nature est éternelle et qui se prolonge après la mort.

Le péché qui affecte l’homme depuis la chute d’Adam et Ève a entrainé une rupture et le nefesh, avec le corps, s’en trouve affecté par la mort qui va l’atteindre.

Pour les rabbanim, l’offrande brûlée sur l’autel – le misbéa’h – est une manière pour le pécheur de témoigner devant le Seigneur de sa culpabilité. L’animal se substitue à lui pour expier la faute qu’il porte devant le Seigneur. Le sang de l’animal est versé autour de l’autel comme témoignage et le corps de l’animal est brûlé pour retourner à la poussière de la cendre, la condition initiale de tout homme, tiré de la terre.

Le feu est clairement celui du jugement qui atteint le coupable et la fumée du sacrifice qui s’élève vers Dieu est symboliquement l’image du rapprochement qui s’opère entre l’homme et son créateur, l’élévation de son nefesh vers le Seigneur.

Le sang est le nefesh qui coule le long des parois de l’autel et qui, en étant visible, témoigne de la vie donnée en rançon pour le pécheur.

Il est donc d’une grande importance que le sacrifice à l’Éternel se fasse devant la tente de la rencontre, en la présence de Dieu lui-même et nulle part ailleurs.

Le sacrificateur est pour sa part le médiateur, l’intermédiaire qui sert de lien entre l’homme et son Dieu.

La responsabilité du sacrificateur est donc capitale et il était essentiel de bien saisir le sens de chaque action menée par le sacrificateur en présence de Dieu.

Le chapitre 6 commence toutefois par une injonction plutôt étonnante. En effet, Aaron et ses fils en sont au tout début de leur initiation et Moïse se charge de les enseigner très précisément sur chaque point. Les termes employés pour les instruire sont en général « devar » ou « émor » (ce qui veut dire : parle, dit… en d’autres termes, enseigne…). Mais ici, au verset 2, nous avons cet ordre « tsav »[4], que l’on peut traduire littéralement par « ordonne ». Pourquoi, en la circonstance, une telle injonction ?…

En l’occurrence, il s’agit ici de règles relatives à l’holocauste offert chaque jour. Notamment ce qu’on appelle par ailleurs le « sacrifice perpétuel ».

Cette offrande avait la particularité de n’être reliée à aucun israélite en particulier, ni même à un évènement singulier.

Pour les rabbins, s’agissant de cette offrande quotidienne, ils relèvent que celle-ci est entièrement à la charge financière des sacrificateurs. Ils estiment que leur motivation à s’investir dans cette offrande pouvait être amoindrie par les frais qu’elle occasionnait.

Ceci étant, les interprètes ne sont pas unanimes sur ce point. L’injonction peut tout autant être comprise comme une nécessité absolue ou une priorité à ne pas négliger du fait que son exécution quotidienne pouvait conduire à une routine propre à affaiblir son statut. On ne peut donc rien affirmer de certain à ce stade.

3Le sacrificateur revêtira sa tunique de lin, et mettra des caleçons sur sa chair, il enlèvera la cendre faite par le feu qui aura consumé l’holocauste sur l’autel, et il la déposera près de l’autel. 4Puis il quittera ses vêtements et en mettra d’autres, pour porter la cendre hors du camp, dans un lieu pur. 5Le feu brûlera sur l’autel, il ne s’éteindra point ; chaque matin, le sacrificateur y allumera du bois, arrangera l’holocauste, et brûlera la graisse des sacrifices d’actions de grâces. 6Le feu brûlera continuellement sur l’autel, il ne s’éteindra point. [5]

Les consignes à propos des cendres soulignent l’importance symbolique des cendres qui sont ici éminemment pures.

Le sang « visible » témoigne en faveur du pécheur qui fait une téchouva. La cendre témoigne de la réalité du péché expié. La cendre accrédite la mort effective de celui qui paye pour le péché. Or celui qui en a terminé avec le péché par la mort est de fait pur devant le Seigneur.

La tradition relève le fait que le feu sur l’autel ne devait à aucun moment s’éteindre. Il existait à cet effet des dispositions spéciales. Une guémara[6] précise que le feu a pu être maintenu ainsi pendant une centaine d’années, sans interruption.

Cependant, ce qui est à mon sens le plus important de souligner, ce n’est pas la permanence du feu en tant que tel, c’est plutôt le lien qu’il établit avec le sacrifice quotidien qui est composé d’un agneau le matin et d’un second dans l’après-midi. L’interruption du feu sur l’autel entrainait forcément l’interruption de l’offrande quotidienne, une situation autrement plus problématique.

Tandis que tous les sacrifices sont désignés par leur fonction ou leur rôle, il semble que le sacrifice perpétuel n’est mis en relation avec aucun individu, pas plus qu’avec aucune raison spécifique. Que comprendre alors à son sujet ?

Pour les rabbanim, cette offrande perpétuelle, quotidienne, n’a rien d’anecdotique. Elle est fondamentale. Elle est même au cœur de tout le processus de rédemption.

Les israélites qui avaient commis une faute ou une transgression quelconque devaient s’approcher avec leur offrande. Ils apposaient leurs mains sur la tête de l’animal et tout en confessant leur faute, l’animal était égorgé pour faire l’expiation. Le sacrificateur accomplissait pour eux l’œuvre de réparation en faisant l’acte de propitiation pour eux.

On pense souvent, en étudiant la Loi et l’ensemble de ces rituels, que finalement, seuls les péchés jugeables selon la Halakha pouvaient effectivement faire l’objet d’une expiation par le sacrifice. Mais qu’en était-il de celui qui avait eu seulement la pensée de mal agir ?…

Les Sages du Judaïsme indiquent dans une guémara[7] que l’holocauste quotidien était là pour accomplir l’expiation de celui qui avait commis une faute en pensée.

C’est ainsi qu’il ne confessait pas lui-même une faute particulière. Le sacrifice était opéré quotidiennement pour les fautes en pensée de tout le peuple.

Or il ne fait aucun doute à mon esprit que ces fautes-là étaient de loin les plus nombreuses.

Les rabbins se sont interrogés sur le degré de « gravité » des fautes en pensée par rapport aux fautes pleinement accomplies et constatées.

La plupart des commentateurs, le Rambam en tête, concluent en la gravité ultime et supérieure des fautes commises en pensée, au niveau de la conscience.

Quoique la plupart des jugements du Beth Din[8] ne concernaient que les fautes « visibles », il est reconnu que les fautes touchant à la conscience n’étaient expiées que par l’holocauste quotidien.

L’Olah ainsi désignée – le sacrifice présenté en élévation – est considérée par les rabbanim comme « le sacrifice le plus estimé de tous », le modèle par excellence de toutes les korbanot.

Voyons encore un peu plus loin :

12L’Éternel parla à Moïse, et dit : 13Voici l’offrande qu’Aaron et ses fils feront à l’Éternel, le jour où ils recevront l’onction : un dixième d’épha de fleur de farine, comme offrande perpétuelle, moitié le matin et moitié le soir. 14Elle sera préparée à la poêle avec de l’huile, et tu l’apporteras frite ; tu la présenteras aussi cuite et en morceaux comme une offrande d’une agréable odeur à l’Éternel. 15Le sacrificateur qui, parmi les fils d’Aaron, sera oint pour lui succéder fera aussi cette offrande. C’est une loi perpétuelle devant l’Éternel : elle sera brûlée en entier. 16Toute offrande d’un sacrificateur sera brûlée en entier ; elle ne sera point mangée. [9]

Dans ces quelques versets sont spécifiés les éléments relatifs à l’offrande des sacrificateurs eux-mêmes le jour de leur consécration, mais aussi à l’offrande quotidienne et perpétuelle accompagnant le sacrifice du matin et du soir dont on vient de parler.

On notera que cette offrande offerte par les sacrificateurs n’est pas mangée par les sacrificateurs. Elle est brûlée entièrement sur l’autel avec le sacrifice quotidien perpétuel.

Les sacrificateurs ont certes la charge de supporter le péché du peuple et en ce sens ils mangent une partie du sacrifice offert pour les israélites. Mais quand le sacrifice est pour eux-mêmes, personne ne mange pour eux le sacrifice pour leur péché.

Celui-ci est entièrement consumé sur l’autel en même temps que le sacrifice perpétuel. Leur conscience n’est alors purifiée que par le sacrifice perpétuel qui fait office d’expiation pour eux.

Loin de constituer un système complexe qui en lui-même ne serait qu’une image de réalités spirituelles ou futures, les rites des sacrifices offerts par les sacrificateurs, pour les israélites et pour eux-mêmes, parlent véritablement à la conscience de chaque homme et femme qui s’approchent de Dieu.

Le sang versé, le corps de l’animal consumé par le feu et réduit en cendres, les graisses offertes sur l’autel sont autant de signes visibles qui parlent à la conscience de chacun. Et ces signes nous parlent encore aujourd’hui.

La routine quotidienne visant à offrir un agneau le matin et un autre l’après-midi sans autre objet que de purifier les consciences, les péchés commis en pensée, est assurément le sacrifice le plus important. Et c’est sans doute celui qu’il ne fallait pas oublier, d’où l’injonction formelle de l’Éternel de maintenir quotidiennement le feu sur l’autel pour offrir sans faute le sacrifice le plus estimé de tous.

Les enseignements de ces premiers chapitres du lévitique sont nombreux et les sacrificateurs, les « professionnels » des sacrifices, bien formés par Moïse, devaient être zélés et irréprochables dans leur tâche quotidienne. Plus encore que cela, chaque matin, ils devaient examiner leur conscience et commencer la journée par s’occuper des cendres, du feu et de l’offrande perpétuelle sans laquelle, en définitive, le péché attaché à leur pensée les entrainerait à leur perte.

Aujourd’hui encore, ce sont nos pensées qui nous trahissent devant le Seigneur créateur de la terre. Chaque matin, l’examen de nos pensées s’impose et le souvenir du sacrifice perpétuel doit nous amener à humblement reconnaître que seule l’offrande divine peut nous en purifier.

Il nous faut conclure et nous sommes loin d’avoir fait un tour exhaustif de ce passage.

Loin de ne parler que de sacrifices sanglants et de procédures plus ou moins complexes, ce passage évoque avec plus de subtilité qu’il n’en paraît l’avènement du Messie, sa mort et l’étendue de son action.

Le premier des sacrifices cités dans la paracha Va-Yikra est ce qu’on appelle une oblation, c’est-à-dire une offrande volontaire faite par élévation. Elle n’est pas juste posée sur le bois afin d’être brûlée, mais elle est présentée en l’élevant devant Dieu.

C’est l’offrande que l’on appelle aussi l’Olah – l’offrande quotidienne – qui est élevée devant Dieu avant d’être brûlée sur le bois. Olah signifie d’ailleurs « élever ».

Plus encore que le sacrifice lui-même, c’est le regard et les pensées du sacrificateur qui suivent l’offrande élevée qui suggèrent une attitude du cœur tourné entièrement vers Dieu.

Suivant notre analogie messianique, il fallait en effet que le Messie souffrant subisse la mort hors du camp, hors de la ville, et non au milieu du peuple. Que son corps soit élevé et présenté ainsi à Dieu sur le bois de la croix, le lieu de sa souffrance et de sa mort.

J’aime à penser que les rabbanim considèrent ce sacrifice quotidien comme le meilleur des sacrifices, le sacrifice le plus estimé de tous. Puissent-ils découvrir le sens prophétique de ce sacrifice qui alors deviendra réellement le plus précieux de tous les sacrifices.

Guy ATHIA

[1] Maïmonide, 1135 ou 1138-1204.

[2] Genèse 22.

[3] Segond, L. (1996). La Sainte Bible (Lv 6.1–2). Oak Harbor, WA: Logos Research Systems, Inc.

[4] Tsav  est le nom donné à cette paracha, la deuxième du livre de Va-Yikra.

[5] Segond, L. (1996). La Sainte Bible (Lv 6.2–6). Oak Harbor, WA: Logos Research Systems, Inc.

[6] Commentaire talmudique.

[7] TB Yoma 29a

[8] Par les juges.

[9] Segond, L. (1996). La Sainte Bible (Lv 6.11–16). Oak Harbor, WA: Logos Research Systems, Inc.

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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