Sur les pas du Messie… (4)

(Quatrième article d’une série publiée dans le Berger d’Israël)

Les premiers chapitres de Béréchit (Genèse) sont à la fois, sur bien des plans, les plus éloignés de notre quotidien et les plus essentiels pour comprendre la façon dont l’Éternel souhaite sortir l’humanité du piège mortel du péché dans lequel sont tombés nos premiers parents.

Cependant, notre sentiment d’éloignement du récit est à relativiser. Les patriarches ou les prophètes avaient probablement une perception assez semblable à la nôtre, tout en vivant à une époque largement plus proche des premiers évènements de la Genèse.

Cela dit, même si le récit biblique est a priori très loin du nôtre, le langage de nos lointains ancêtres nous est étrangement familier. La problématique du mal, de la culpabilité et de la manière de renouer avec le créateur reste de nos jours un enjeu personnel et collectif pour Israël et même pour toute l’humanité.

Nous avons commencé à percevoir dans les réponses de Dieu à Adam, Ève, puis Caïn, les premières « miettes » semées par Dieu sur le chemin qui doit nous conduire au Messie sauveur. Nous faisons à présent un petit bond dans le temps — quelques chapitres seulement — pour nous situer à un moment charnière de l’humanité. Le temps du déluge.

Je ne m’étendrai pas longtemps sur l’historicité de l’évènement. Certains la contestent sous divers prétextes, tantôt à propos du bienfondé des preuves archéologiques, tantôt sur la nature même de la catastrophe et de son étendue géographique. D’autres imaginent difficilement la construction objective de ce grand navire, plus encore le rassemblement des animaux et leur cohabitation plusieurs mois durant sous le même « toit ». Plusieurs questionnent la Bible sur l’époque effective des pluies diluviennes et sur la pertinence à proposer une renaissance de l’humanité à partir de seulement 8 individus préservés en même temps que quelques mammifères.

Au-delà des questions légitimes posées par le caractère exceptionnel de l’évènement dans l’histoire du monde, nous devons nous interroger sur la finalité du déluge et sa portée prophétique. Cette grande inondation et toutes ses conséquences ont-elles quelque chose à nous apprendre sur le Messie à venir ? Y a-t-il un message « caché » dans ce qui peut apparaître à certains comme une grande allégorie prophétique ?

Cette terrible dévastation, sans précédent dans l’histoire, se retrouve évoquée sous différentes formes dans presque toutes les civilisations antiques, et en tout lieu sur la planète. Tous relatent de manière plus ou moins précise et sous des formes métaphoriques — parfois un peu fantasques il faut en convenir — un même évènement qui a consisté en une vaste inondation dévastatrice.

Si l’évènement catastrophique se retrouve si largement rapporté depuis des millénaires, cela ne pourrait-il pas signifier qu’il ait un certain fondement historique ? Peut-être même un message universel ?

Dans l’Écriture, les auteurs bibliques semblent confirmer l’historicité des personnages comme des faits. Noa’h est systématiquement cité dans les généalogies (Genèse 10 ; 1 Chroniques 1.4. ; Luc 3.36…).

Le prophète Isaïe évoque même l’histoire de Noa’h comme d’un modèle de fidélité et de pérennité au sujet de « l’alliance de paix » avec Israël.

Isaïe 54. 8-10 :

Dans un instant de colère, je t’avais un moment dérobé ma face, mais avec un amour éternel j’aurai compassion de toi, dit ton rédempteur, l’Éternel.

Il en sera pour moi comme des eaux de Noa’h : j’avais juré que les eaux de Noa’h ne se répandraient plus sur la terre ; je jure de même de ne plus m’irriter contre toi et de ne plus te menacer.

Quand les montagnes s’éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s’éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point, Dit l’Éternel, qui a compassion de toi.

Yéchoua’ lui-même fait allusion à Noa’h pour rendre compte des conditions futures de son retour et la rébellion des hommes de ce temps-là.

Matthieu 24. 37-39 (Luc 17. 26-27) :

Ce qui arriva du temps de Noa’h arrivera de même à l’avènement du Fils de l’homme.

Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noa’h entra dans l’arche ; et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vînt et les emportât tous : il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.

L’auteur de la lettre aux Hébreux (des Juifs messianiques) met en exergue la foi de Noa’h parmi d’autres personnages bibliques connus.

Hébreux 11.7.

C’est par la foi que Noa’h, divinement averti des choses qu’on ne voyait pas encore, et saisi d’une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille ; c’est par elle qu’il condamna le monde, et devint héritier de la justice qui s’obtient par la foi.

L’apôtre Pierre enfin cite Noa’h dans ses deux lettres (1 Pierre 3. 20 ; 2 Pierre 2.5).

… s’il n’a pas épargné l’ancien monde, mais s’il a sauvé Noa’h, lui huitième, ce prédicateur de la justice, lorsqu’il fit venir le déluge sur un monde d’impies…

Ainsi donc, le récit du déluge peut sembler un peu comme hors du temps, symbolique en même temps qu’énigmatique. Il n’en demeure donc pas moins historique pour quasiment tous les auteurs de la Bible.

Bien entendu, la situation morale des êtres humains avant le déluge est sans appel. Les premières gouttes de pluie résonnent ainsi comme le son de la dernière trompette (1 Thessaloniciens 4.16 ; Apocalypse 11.5), le signe du terme de la patience de Dieu, l’avènement du Messie et de son royaume.

Il y a bien sûr un message intrinsèque à l’évènement lui-même et la situation des hommes rebelles du temps de Noa’h. Il y a aussi toutefois — de manière prophétique et de l’aveu même de Yéchoua’ — une image en miroir du temps qui précèdera le retour du Messie.

Les eaux du déluge, à l’instar de bien d’autres repères prophétiques dans l’Écriture, représentent un symbole spirituel dont le sens est affirmé par les prophètes, puis Yéchoua’ et les apôtres.

Il est essentiel, dans notre cheminement dans la Torah à la recherche de « miettes » prophétiques laissées par Dieu, de garder à l’esprit l’intention divine de révéler ce qui concerne son Messie rédempteur. Le récit du déluge ne représente pas un simple épisode anecdotique dans notre lecture. Même lointain, celui-ci nous parle encore et interpelle notre conscience par-delà les millénaires et bien plus qu’on ne pourrait l’imaginer.

Genèse 6. 5

L’Éternel vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre ; et que chaque jour son cœur ne concevait que des pensées mauvaises.

Il semble que le constat fait par Dieu est indiscutable, sans aucune perspective d’amélioration. Clairement, l’homme est désigné comme pétri de méchanceté et animé d’intentions mauvaises.

Verset 6 et 7.

L’Éternel regretta d’avoir fait l’homme sur la terre, et son cœur fut affligé.

L’Éternel dit : J’effacerai de la surface du sol l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles et aux oiseaux du ciel ; car je regrette de les avoir faits.

Le verset 6 comporte une certaine difficulté, à laquelle il convient de s’arrêter un moment. Que signifie ici l’expression singulière — quand elle s’applique à Dieu — « regretter de les avoir faits » (à deux reprises) ou encore que « son cœur fut affligé » (וַיִּתְעַצֵּב, אֶל-לִבּוֹ) ? Est-il imaginable que Dieu puisse s’être trompé ou qu’il puisse avoir eu des sentiments de faiblesse humaine ?

L’Écriture fait souvent usage d’anthropomorphismes en donnant à Dieu tantôt une « main », un « bras » ou un « œil », comme en Job 19. 21 : « Ayez pitié, ayez pitié de moi, vous, mes amis ! Car la main de Dieu m’a frappé ». (Isaïe 53.1 ; Psaume 33.18).

Pour autant, ramenée à notre contexte, la comparaison ne tient pas et l’on n’imagine pas Dieu, comme un homme, nourrir des regrets et « avouer » s’être trompé sur une humanité corrompue. Il semble donc exclu d’attribuer à Dieu une telle « faiblesse » humaine.

Dieu est en réalité omniscient. Il sait d’avance ce qui va se produire. Mais si le Seigneur en arrive malgré tout à exprimer du regret, que devons-nous en conclure ?

La phrase « Il regretta de les avoir faits » — en hébreu וַיִּנָּחֶם — Vayina’hem — peut signifier aussi « Il se consola » (comme en 2 Samuel 12.24). Il y a dans cette brève expression l’idée potentielle que Dieu prenne en quelque sorte « le deuil » de l’homme qu’il s’apprête à juger.

Un père accueille en général avec joie un fils qui vient de naître. Il sait pourtant que celui-ci ne sera pas toujours fidèle et obéissant. Le fait d’en avoir conscience n’amoindrit pas son plaisir et moins encore son amour pour celui-ci.

Ainsi en est-il de l’humanité. Dieu ne se réjouit pas du jugement qu’il va prononcer. Son « regret » et « son cœur affligé » sont, en quelque sorte, la traduction « visible » de son amour profond et sans condition pour l’humanité et toute sa création.

En relisant l’histoire du déluge et de la période qui le précède durant laquelle Noa’h avec ses fils construisent l’arche, nous ne devons pas nous méprendre sur la sincérité des sentiments de Dieu pour l’humanité.

La désobéissance des hommes n’a pas affecté l’amour divin pour l’humanité déchue. Le temps de la grâce qui précède le déluge n’a certainement pas été trop court.

Il vient un temps toutefois où Dieu ferme lui-même « la porte » (Genèse 7.16) et où vient l’heure du jugement. Ainsi donc, ne nous trompons pas au sujet de Dieu. Le récit qui précède le déluge, jusqu’à l’instant où l’Éternel ferme lui-même la porte de l’arche, est le reflet prophétique des temps que nous vivons. N’usons pas la patience de Dieu à l’extrême, car un jour, elle viendra à son terme et ce sera le temps du jugement.

Genèse 6.

14 Fais-toi une arche de bois de Gopher ; tu disposeras cette arche en cellules, et tu la couvriras d’un enduit, en dedans et en dehors.

[…]

18 Mais avec toi j’établirai mon alliance ; tu entreras dans l’arche, avec tes fils, ta femme et tes belles–filles.

19 Tu feras aussi entrer dans l’arche deux animaux de chaque espèce vivante, pour qu’ils survivent avec toi : tu prendras un mâle et une femelle.

Le mot « téva » — arche en hébreu — ne se retrouve que trois fois dans l’Écriture et désigne exclusivement l’arche confectionnée par Noa’h, ainsi que la corbeille qui servit d’abri à Moïse lors de sa naissance et qui fut déposée sur les eaux du Nil. À ne pas confondre avec le mot « aron » qui désigne l’arche (coffre) de l’alliance.

Cette singularité n’est pas anodine et il semble naturel d’établir un lien entre les deux « arches » qui — à l’exception de l’échelle — se ressemblent finalement beaucoup. 

Assurément, les deux arches préservent de la mort et du jugement. Hors de l’arche, l’eau dévastatrice du déluge, comme celle du Nil, amène la mort. Se retrouver à l’intérieur de l’arche est donc synonyme de salut.

Deuxièmement, le bois dont sont faites les deux arches est nécessairement incorruptible, résistant à l’humidité et la pourriture. Dans un sens symbolique et spirituel, le bois de l’arche préserve de la corruption du péché.

Certains auteurs et commentateurs iront jusqu’à proposer un lien étroit entre l’arche et le bois de la croix sur lequel a été crucifié Yéchoua’.

L’allusion est sans doute audacieuse, mais pas forcément exclue. Il convient toutefois de clarifier cette option tirée de plusieurs textes, notamment de l’apôtre Pierre.

C’est ainsi que Pierre déclare :

1 Pierre 3.19 à 22 : par cet Esprit, il (Yéchoua’) est aussi allé prêcher aux esprits en prison (comprendre des personnes liées par et au péché), qui avaient été rebelles autrefois, lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours où Noa’h construisait l’arche dans laquelle un petit nombre de personnes, c’est–à–dire huit, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve, à présent, et par lequel on ne se débarrasse pas de la souillure de la chair, mais qui est la demande (adressée) à Dieu d’une bonne conscience, par la résurrection de Yéchoua’ le Messie qui, monté au ciel, est à la droite de Dieu et à qui les anges, les pouvoirs et les puissances ont été soumis.

Les eaux du baptême — une pratique juive appelée en hébreu tbila — font ainsi échos aux eaux du déluge. Elles symbolisent le jugement qui aurait dû nous atteindre et dont le Messie s’est chargé. En effet, crucifié sur le bois de la croix, le Messie Yéchoua’ concentre en quelque sorte sur lui le péché, nos péchés. Comme le « bois de l’arche » préserva, en quelque sorte, les rescapés des eaux diluviennes du jugement, le Messie sur le bois de la croix prend sur lui le jugement qui nous était destiné.

Mais il y a plus encore dans les propos de l’apôtre. En effet, les eaux du baptême illustrent d’une certaine manière la résurrection elle-même. Nous sommes délivrés du jugement de l’eau par la résurrection de Yéchoua’. Étant ainsi délivrés du jugement par sa mort, sa résurrection nous assure la vie éternelle plus certainement qu’une bouée de sauvetage qui nous maintiendrait hors de l’eau.

Ainsi donc, à l’instar des eaux du déluge, les eaux du baptême illustrent cette réalité spirituelle. Le Messie par sa mort a été comme englouti dans les eaux du jugement. Mais lorsque nous émergeons hors de l’eau, nous témoignons publiquement être, en quelque sorte, entrés par la foi dans l’arche du Salut. Et c’est par la puissance de Dieu que nous revenons à la vie.

Car il ne fait pas de doute que le salut de Noa’h et de sa famille résultait d’un acte de foi dans la promesse divine du jugement comme de la résurrection.

Comme pour Noa’h, Moïse fut préservé dans une arche flottant sur le Nil. Les eaux du fleuve, symbole de la corruption spirituelle de l’Égypte, n’ont pu atteindre Moïse, le futur « messie » d’Israël. Or, pour tous les prophètes, Moïse est assurément l’un des précurseurs du Messie rédempteur qui devait venir.

Ce que Pierre semble souligner au sujet du baptême, comme du déluge, c’est que l’eau avant tout illustre le jugement divin sur les coupables. Elle ne purifie que dans les apparences et par l’image qu’elle renvoie, elle interpelle nos consciences souillées.

C’est en ce sens que peut-être le déluge délivre un message universel — l’une de ces « miettes » que nous tentons de découvrir. La purification des péchés doit s’effectuer jusque dans nos consciences, au plus profond de notre être. Car celui qui a la conscience pure l’est aussi dans le reste de son être.

Le baptême dont parle l’apôtre Pierre est justement le témoignage d’une conscience purifiée, non par de l’eau, mais par le sang du sacrifice, celui du Messie qui, à l’instar de l’agneau à Pessa’h, donne sa vie pour nous.

C’est pourquoi tout homme sur la terre doit considérer sa propre vie devant le Seigneur, son créateur. Le temps de la « patience » de Dieu prendra un jour fin. Celui qui, d’une certaine manière, n’aura pas « embarqué » dans l’arche par la foi, périra. Le baptême est ainsi la proclamation publique, et devant le monde invisible, de cet acte de foi dans celui qui a donné sa vie sur le bois de la croix.

Les eaux du déluge sont l’instrument du jugement divin, comme le sera plus tard la mer recouvrant les Égyptiens rebelles (paracha Ki-Tissa). Les israélites sont alors eux aussi, d’une certaine façon, passés par la tbila (le baptême).

Le rappel chaque année à Pessa’h du sacrifice de l’agneau, de la sortie d’Égypte et de la traversée de la mer à pieds secs, sont autant d’aiguillons qui pénètrent notre conscience, celle du Juif premièrement, puis de tous les hommes qui se souviennent du déluge.

Guy ATHIA

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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