Sur les pas du Messie… (5)

(Cinquième article d’une série publiée dans le Berger d’Israël).

Cela fait maintenant quelques éditions que nous cheminons avec les premiers représentants de l’humanité. Adam et Ève, Caïn et Abel, Noa’h ont tous connu des fortunes diverses. Le récit plus ou moins étendu de leur vie nous est apparu, bien souvent, assez loin de nos réalités quotidiennes. Cependant, comme eux, le péché nous affecte gravement et, comme eux, nous cultivons la même culpabilité sans trouver d’issue raisonnable au péché qui nous ronge. Et pourtant…

Si l’on devait faire un premier bilan intermédiaire — avant le déluge — le constat serait probablement sans appel. La solution pour sortir l’humanité du péché ne peut en aucun cas venir des hommes eux-mêmes. Finalement, la terrible dévastation qui décima la presque totalité de l’humanité était non seulement méritée, mais nécessaire. Sauf que l’aventure humaine ne s’arrête pas là. Dieu sauve à travers l’arche un petit groupe d’hommes et leur expérience est bien plus qu’un acte « désespéré » de Dieu pour sauver au moins quelques-uns.

Dans notre dernière étude, nous avons relevé que même le déluge n’était pas sans signification prophétique à propos du Messie à venir. Entre allégorie et anticipation du projet rédempteur de Dieu, il apparaissait clairement que le Messie passerait par la souffrance et la mort et que sa résurrection était le gage d’une rédemption qui toucherait l’humanité dans son ensemble. Les eaux du déluge, instrument par excellence du jugement divin, mettaient ainsi en évidence l’arche salvatrice, image prophétique du Salut de Dieu pour l’humanité. Encore n’avons-nous qu’effleuré notre sujet.

Le déluge était-il l’aveu d’un échec cuisant pour le créateur de l’univers ? La rupture était-elle consommée ? Les hommes étaient-ils une engeance définitivement irrécupérable ?

Contrairement aux apparences, Dieu reste souverain et maître de la situation. Ce qui apparaît à nos yeux comme une impasse ne l’est en définitive pas. La patience de Dieu dépasse notre intelligence et constitue en elle-même la démonstration de l’amour incommensurable de Dieu pour l’humanité créée à son image.

Comme je l’ai déjà évoqué, les regrets de Dieu n’ont rien à voir avec les nôtres et il nous faudra garder cela à l’esprit tandis que nous poursuivons notre cheminement dans les Écritures à la recherche des « miettes » laissées par Dieu pour identifier le Messie à venir et son plan pour nous racheter de nos fautes.

Sans nous étendre à son propos, le « jour d’après » le déluge ne présage rien de bon et l’humanité renaissante ne brille pas par sa vertu et sa fidélité aux ordonnances divines. C’est dans un contexte plutôt sombre que s’opposent les derniers disciples de Dieu et leurs adversaires rebelles, répétiteurs d’une corruption déjà ancienne et fondateurs des idoles modernes. Comment en sortir dès lors qu’un nouveau déluge est exclu selon les termes de l’alliance contractée par Dieu[1] avec les rescapés de la famille de Noa’h ?

C’est ainsi que Dieu porte son choix sur un nouveau « champion », Abram. Il y a pourtant à cette époque d’autres hommes de Dieu, plus anciens et sans doute plus expérimentés que lui. Mais Dieu fait des choix sans les expliquer plus que cela. Acceptons-les simplement.

Nous connaissons bien ce personnage dont le récit s’étend du chapitre 12 au chapitre 25 de Béréchit (la Genèse). Personnellement, Abraham est l’un des personnages que j’affectionne le plus. Il n’est pourtant pas parfait et il résonne encore en notre mémoire les erreurs qu’il a pu commettre, des erreurs que certains commentateurs estiment même avoir des conséquences jusqu’à aujourd’hui.

Dieu déclare cependant que même Abraham a été racheté par Dieu : Isaïe 29.22.

Il est intéressant de relever qu’au chapitre 29 du prophète Isaïe, la promesse prophétique à Jacob semble comme reliée au fait qu’Abraham a été racheté. On peut même supposer que si Jacob ne rougira plus ou ne pâlira plus, c’est parce que Dieu a racheté Jacob de la même manière qu’il a racheté Abraham.

Voyons plutôt le contexte de ce verset :

Encore un peu de temps, Et le Liban se changera en verger, Et le verger sera considéré comme une forêt.

18 En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre ; Et, délivrés de l’obscurité et des ténèbres, Les yeux des aveugles verront.

19 Les malheureux se réjouiront de plus en plus en l’Éternel, Et les pauvres feront du Saint d’Israël le sujet de leur allégresse.

20 Car le violent ne sera plus, le moqueur aura fini, Et tous ceux qui veillaient pour l’iniquité seront exterminés,

21 Ceux qui condamnaient les autres en justice, Tendaient des pièges à qui défendait sa cause à la porte, Et violaient par la fraude les droits de l’innocent.

22 C’est pourquoi ainsi parle l’Éternel à la maison de Jacob, Lui qui a racheté Abraham : Maintenant Jacob ne rougira plus, Maintenant son visage ne pâlira plus.

23 Car, lorsque ses enfants verront au milieu d’eux l’œuvre de mes mains, Ils sanctifieront mon nom ; Ils sanctifieront le Saint de Jacob, Et ils craindront le Dieu d’Israël ;

24 Ceux dont l’esprit s’égarait acquerront de l’intelligence, Et ceux qui murmuraient recevront instruction.

Ainsi donc, si Jacob a de si belles promesses et si le Salut d’Israël est accompli de la même manière que pour Abraham, par le rachat de sa personne, quand celui-ci intervient-il ?

Le Saint de Jacob, ici clairement le Machia’h, accomplira des œuvres qui ramèneront les enfants d’Israël auprès de leur Dieu. Ceux qui murmuraient ou qui s’égaraient recevront instruction et intelligence.

Voilà qui nous éclaire pour le moins sur l’intention divine de racheter Jacob, comme il a racheté Abraham et que cette œuvre de rachat sera l’œuvre du Machia’h, le Saint de Jacob.

Pour l’heure, nous en sommes encore à l’appel de Dieu pour un homme qui ne sait pas encore ce qui l’attend. Nous savons cependant qu’Abraham est un élément important dans le puzzle prophétique de Dieu. S’il est en quelque sorte un modèle pour sa descendance à venir, il le sera également pour l’humanité rachetée par Dieu. Voyons plutôt :

Genèse 12.1-3

L’Éternel dit à Abram : Va-t’en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai.

Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction.

Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai celui qui te maudira ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi.

Avec cette première parole de Dieu adressée au patriarche Abram, nous sortons du cercle finalement assez confidentiel des hommes d’avant le déluge. En définitive, de la vie de ces derniers, on avait peu de détail. Avec Abram, il en sera différemment. C’est peut-être l’une des raisons qui nous amènent à ressentir une plus grande proximité avec ce personnage par les émotions et les expériences qui ont été les siennes, quoique près de 4000 ans nous séparent de son récit.

Cela étant, les paroles de la promesse ont été, pour cet homme de Dieu, la source d’une transformation radicale, avec des conséquences dans son présent, son futur proche et même au-delà de sa mort.

Son présent commence par un départ immédiat pour une terre inconnue, mais dont Dieu lui fait la promesse.

Pour nous qui disposons de cartes routières, voire même de dispositifs GPS, partir vers une destination « inconnue » est chose toute relative. Mais pour le patriarche, c’est un peu comme si Dieu nous invitait à embarquer dans un vaisseau spatial pour une destination incertaine dans l’univers. C’est là pour cet homme un pas de foi que l’on peine à imaginer.

Dans la tradition juive, ce premier appel de Genèse 12.3 fait partie d’une série de 10 épreuves dans la vie d’Abraham. Celle-ci, comme la dernière, est considérée comme la plus difficile à laquelle l’homme de Dieu ait eu à faire face.

Il est difficile, pour nous qui lisons le texte a posteriori, de faire abstraction du reste de la vie d’Abraham que nous connaissons. Retenons seulement que la parole de Dieu, en cet instant-là, ne conduit pas le patriarche à une obéissance aveugle et immédiate. La promesse est essentiellement au futur et invite donc à un pas de foi.

La grande nation qu’il doit devenir, il ne la verra pas vraiment de son vivant. Sa famille aura même quelques difficultés à se constituer et à grandir. La bénédiction dont il doit être la source comporte toutefois de multiples volets.

La bénédiction est d’abord immédiate pour tous ceux qui viennent côtoyer de près l’homme de Dieu. Mais dès lors que la promesse est formulée en alliance et reconduite avec Isaac puis Jacob, on peut considérer que la bénédiction est transmissible également au travers de la descendance d’Abraham qui est héritière de la promesse.

Ainsi, ceux qui bénissent la descendance d’Abraham — c’est-à-dire Israël — sont au bénéfice de la même bénédiction de la part de Dieu.

Et au bout du compte, le Messie, issu de cette même descendance est celui qui apporte l’ultime dimension de la bénédiction promise, comme on va le voir plus loin.

Selon la tradition, Abraham et son épouse ont été les témoins du Dieu unique tout au long de leur vie. Il est clair cependant que parmi ceux qui les ont approchés, certains ont été attirés davantage par la bénédiction prophétique que par la foi du couple en chemin pour Canaan.

Et au fil des années, la promesse divine a été une source de richesse, en même temps qu’une protection contre ceux qui auraient voulu nuire au patriarche.

Reste une dernière dimension de la parole divine, plus énigmatique : Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. Que faut-il comprendre d’une telle universalité qui semble dépasser le cadre de la vie du seul patriarche ?

Suite à la désobéissance d’Adam et Ève, l’humanité, à ce stade dans sa totalité, a sombré dans le péché. Comme le souligne le psalmiste, tous les hommes sont pécheurs. Il n’en est aucun qui fasse le bien.

Psaume 14.2-3

L’Éternel, du haut des cieux, regarde les fils de l’homme, Pour voir s’il y a quelqu’un qui soit intelligent, Qui cherche Dieu. Tous sont égarés, tous sont pervertis ; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul.

À l’universalité du mal sur la terre, la promesse faite à Abraham résonne comme une réponse tout aussi universelle. À ce moment-là, bien entendu, Israël n’est pas encore apparu dans l’histoire. La descendance promise est encore, en quelque sorte, dans les reins du patriarche. Par ailleurs, nous pouvons même considérer la bénédiction d’Abraham au bénéfice de toutes les familles de la terre comme passant par cette descendance encore à venir.

Ainsi donc, nous en concluons que le Messie est issu de la descendance d’Abraham et que son ministère aura une portée universelle, pour toute l’humanité sur la terre.

Dans l’attente de la réalisation de la promesse, c’est à la descendance du patriarche de porter le message de l’alliance jusqu’à ce que survienne le Messie qui doit pleinement accomplir le contenu de la bénédiction, c’est-à-dire le rachat de l’humanité.

C’est ce que l’apôtre Pierre s’emploie à présenter aux Juifs réunis lors de la fête de Chavouot. L’ultime bénédiction promise à Abraham est pour le peuple d’Israël et pour toutes les familles de la terre qui s’approcheront du Messie issu d’Israël.

Actes 3 :

18Mais Dieu a accompli de la sorte ce qu’il avait annoncé d’avance par la bouche de tous ses prophètes, que son Messie devait souffrir. 19Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés, 20afin que des temps de rafraîchissement viennent de la part du Seigneur, et qu’il envoie celui qui vous a été destiné, Yéchoua’ le Messie, 21que le ciel doit recevoir jusqu’au temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de ses saints prophètes. 22 Moïse a dit : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il vous dira, 23et quiconque n’écoutera pas ce prophète sera exterminé du milieu du peuple. 24 Tous les prophètes qui ont successivement parlé, depuis Samuel, ont aussi annoncé ces jours-là. 25 Vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a traitée avec nos pères, en disant à Abraham : Toutes les familles de la terre seront bénies en ta postérité. 26 C’est à vous premièrement que Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de ses iniquités.

La plus grande des bénédictions, selon les termes de l’alliance faite avec Abraham, s’adresse au peuple juif et au reste de l’humanité. Elle consiste à nous racheter des iniquités passées et à purifier la conscience de tous ceux qui s’approchent de Dieu par son Messie afin d’en recevoir la bénédiction promise au patriarche. 

Tous les prophètes ont annoncé successivement ce temps du salut, premièrement pour le peuple d’Israël — descendance d’Abraham, puis pour toutes les familles de la terre, héritiers de la même promesse.

En ce temps-là à Chavouot, tous ces Juifs étaient dans l’attente, celle du Messie rédempteur. Ils connaissaient bien entendu la promesse faite à Abraham, aussi ne contestent-ils pas l’approche et le raisonnement de Pierre lors de son discours.

Relatifs à la promesse patriarcale, ils ont même pu comprendre et admettre deux choses absolument essentielles :

  • Premièrement : Le Messie devait naître de la descendance d’Abraham.
  • Deuxièmement : Le message de salut par le Messie devait s’étendre au-delà des frontières du peuple d’Israël pour atteindre « toutes les familles de la terre ».

C’est du reste ce qu’affirment d’autres prophètes comme Isaïe : Chapitre 56.1-7.

Ainsi parle l’Éternel : Observez ce qui est droit, et pratiquez ce qui est juste ; Car mon salut ne tardera pas à venir, Et ma justice à se manifester. Heureux l’homme qui fait cela, Et le fils de l’homme qui y demeure ferme, Gardant le sabbat, pour ne point le profaner, Et veillant sur sa main, pour ne commettre aucun mal !

Que l’étranger qui s’attache à l’Éternel ne dise pas : L’Éternel me séparera de son peuple ! Et que l’eunuque ne dise pas : Voici, je suis un arbre sec ! Car ainsi parle l’Éternel : Aux eunuques qui garderont mes sabbats, Qui choisiront ce qui m’est agréable, Et qui persévéreront dans mon alliance, 5Je donnerai dans ma maison et dans mes murs une place et un nom Préférables à des fils et à des filles ; Je leur donnerai un nom éternel, Qui ne périra pas. Et les étrangers qui s’attacheront à l’Éternel pour le servir, Pour aimer le nom de l’Éternel, Pour être ses serviteurs, Tous ceux qui garderont le sabbat, pour ne point le profaner, Et qui persévéreront dans mon alliance, 7Je les amènerai sur ma montagne sainte, Et je les réjouirai dans ma maison de prière ; Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel ; Car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples. 

Abraham a-t-il perçu tout le projet de Dieu dans la promesse qui lui était faite ? Sans doute pas, mais il en a ressenti les frémissements, et accompli les premiers pas d’un chemin encore long. Il ne s’est pas découragé quand sont venus l’opposition et des obstacles insurmontables.

Il a aussi fait des erreurs et il a ainsi compris que Dieu l’avait racheté par le sang d’un sacrifice qu’il n’avait pas lui-même offert. Ce qui lui apparaissait dans des contours encore flous, il le verra de manière extraordinaire dans la dernière étape de sa vie, une épreuve semblable à celle qu’il vient de traverser, mais dont il n’imagine pas encore le pas de foi qu’elle lui demandera.

Guy ATHIA


[1] Genèse 8.

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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