Sur les pas du Messie : à la croisée des chemins… (2/2)

Quand Abraham s’est levé ce matin-là, il n’imaginait pas que Dieu lui demanderait l’inimaginable. Il commençait sérieusement à se faire vieux et — il le savait — ses pérégrinations sur la terre ne tarderaient pas à prendre fin.

Espérait-il une confortable « retraite », à l’abri du besoin ? Ses enfants étaient pour ainsi dire « casés » et sa réputation — grâce à la « promesse divine » — lui assurait une certaine sécurité dans un pays de Canaan où il se sentait encore comme un « étranger » résident de passage.

Les temps avaient certes changé, mais pas au point de tout remettre en cause. Dieu était son « ami » ou, plus précisément, c’est lui qui était devenu « l’ami » de Dieu.

Or ce matin-là, Dieu allait bouleverser sa vision du monde et ébranler toutes ses certitudes.  

La « dernière épreuve » d’Abraham, connue aussi sous l’appellation d’Akédah d’Isaac, était en réalité une sorte de « test » auquel Dieu souhaitait soumettre le patriarche.

Or dans notre recherche des « miettes » spirituelles susceptibles de nous révéler le Messie, cet épisode de la vie d’Abraham représente bien plus qu’un indice perdu sur le chemin nous conduisant au Machia’h.

Il représente un « carrefour » important et même incontournable dont on ne peut faire l’économie de s’y arrêter un instant.

Dans le numéro précédent du Berger d’Israël (n° 595), nous avons commencé à scruter de près ce bref récit de dix-neuf versets retraçant l’aventure du patriarche qui avec son fils Isaac vont aller au-devant de la demande inexpliquée de Dieu.

Que retenir de cette demande incroyable de Dieu d’offrir Isaac en holocauste, lui qui est pourtant le fils de la promesse ?

Au-delà du « test » — que l’on comprend vraiment qu’après coup — quelle perspective prophétique se dessine dans cette expérience hors du commun ?

Comment expliquer l’inexplicable ? Abraham n’en sortira pas indemne, pas plus qu’Isaac. C’est ensemble cependant qu’ils doivent monter sur la montagne et accomplir ce qui est en définitive que « l’ombre » prophétique d’une réalité encore à venir.

Pour nous qui avons le recul historique de « quelques » millénaires, la mort et la résurrection effectives de Yéchoua’ apparaissent comme jamais en filigrane de l’ombre portée par l’événement vécu par les patriarches.

Le père et le fils, en marche comme « un seul » vers le lieu du sacrifice, partagent les mêmes questions, les mêmes angoisses, la même détermination.

Alors Isaac adressa la parole à son père Abraham et dit : Mon père ! Il (lui) répondit : Me voici, mon fils ! (Isaac) reprit : Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? Abraham répondit : Mon fils, Dieu va se pourvoir lui–même de l’agneau pour l’holocauste. Et ils marchèrent tous deux, ensemble.

Mais que s’est-il donc passé alors dans la tête d’Abraham et d’Isaac ce jour-là ?

Certains commentateurs ont fait dire à Abraham une réponse plus complète, du genre que si Dieu ne pourvoyait pas à un agneau, c’est Isaac lui-même qui serait l’holocauste.

À ce stade, on serait en droit de se poser plusieurs questions, mais j’en retiendrais surtout deux :

Est-il imaginable qu’Abraham force son fils à être immolé sur le bois ?

Est-il possible qu’Isaac accepte de bon gré d’être immolé par son père ?

Nous connaissons la suite du récit biblique et nous savons qu’en définitive, Dieu fera en sorte qu’Isaac soit épargné et que lui soit substitué un bélier. 

Cependant, les commentaires sur ce sujet sont variés et parfois même bien surprenants. 

Aussi convient-il de conserver à l’esprit le double sens de l’épreuve d’Abraham.

Le premier point qu’il convient d’examiner est celui du sacrifice effectif ou non d’Isaac. La question peut surprendre.

En effet, certains ont suggéré qu’Isaac a bien été immolé et brûlé sur l’autel, puis que Dieu l’a ressuscité.

D’autres pensent qu’Abraham a seulement blessé son fils à la gorge et qu’une partie de son sang (le quart ?) a servi à agréer le sacrifice. On pourrait presque sourire de l’incongruité d’une telle proposition.

Toutefois, toutes ces thèses sont tenues par des gens très sérieux, mais qui cherchent surtout à éviter, ou au contraire à confronter, la problématique du sacrifice humain.

Cela étant, c’est quand même la thèse de la « substitution » qui l’emporte, en général, chez les commentateurs juifs et chrétiens.

Pour bien comprendre la problématique posée, il convient de revenir un moment sur cette question du sacrifice humain.

Les meilleurs commentateurs rappellent le lien établi par beaucoup de rabbins entre l’Akédah d’Isaac et Pessa’h, où il est aussi question d’un sacrifice substitutif. 

Inévitablement, à ce stade, nous entrons dans la dimension prophétique de « l’épreuve » du patriarche.

L’ancien calendrier hébraïque fixe en principe le premier mois de l’année au 1er Nissan, c’est-à-dire le mois de Pessa’h. Le « nouvel an », selon le calendrier rabbinique, est à présent au 7e mois, le mois de Tichri, qui débute avec Roch Hachana — Yom Téroua’h — et la commémoration de l’Akédah, selon la tradition juive.

Très étrangement, des sources anciennes des amoraïm (les maîtres du judaïsme au deuxième siècle) et plus anciennement encore dans le livre des Jubilés, le R. Joshua de Siknin cite, au nom d’un autre rabbin Lévi, les paroles du roi de Moab (Mécha) — Mic.6.6f ; Gen R.55.5 — qui fait référence à l’Akédah d’Isaac pour signifier que la mort d’un premier né était nécessaire pour faire l’expiation d’un seul ou de tout le peuple.

Or, lors de la première Pessa’h, la dixième plaie consistait justement en la mort des premiers-nés de toute l’Égypte — de l’animal jusqu’à l’homme.

Et c’est sous la protection du sang de l’agneau pascal que le premier-né d’une maison pouvait échapper à la mort.

Nous retrouvons ce rappel dans le rachat des premiers-nés israélites chaque mois de Pessa’h.

Et Dieu de rappeler cet axiome universel :

Nombres 3. 12 Voici que j’ai pris les Lévites du milieu des Israélites, à la place de tous les premiers–nés, des aînés des Israélites ; et les Lévites m’appartiendront. Car tout premier–né m’appartient ; le jour où j’ai frappé tous les premiers–nés dans le pays d’Égypte, je me suis consacré tous les premiers–nés en Israël, ceux des hommes comme ceux des animaux m’appartiendront. Je suis l’Éternel.

Abel — lui-même le premier — prophétise peut-être aussi en livrant à Dieu les premiers-nés de son bétail (Genèse 4. 4).

On peut donc s’interroger sur le sens de tous ces rapprochements entre l’Akédah d’Isaac et le bélier sacrifié à sa place, Pessa’h et la mort des premiers-nés sauf à être protégé par le sang d’un agneau premier-né mort en lieu et place.

Que savait Abraham de toutes ces choses ? Prévoyait-il qu’un jour le sacrifice de l’agneau servirait à faire l’expiation pour les péchés ?

Du reste, Dieu avait bien annoncé les souffrances futures de sa descendance et sa libération (Genèse 15). Se pouvait-il que l’Akédah constitue un élément de cette révélation ?

Les rabbins, depuis longtemps en tout cas, établissent un lien étroit entre l’Akédah et Pessa’h ; or Pessa’h annonce clairement le sacrifice substitutif du Messie pour le pardon des péchés. C’est justement ce qu’il fallait démontrer.

Yéchoua’, premier-né, Fils de Dieu, est mort et son sang a versé pour la vie et le pardon des péchés.

Jean-Baptiste n’a pas hésité à le désigner comme l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, l’agneau de Pessa’h.

Jean 1.29 Le lendemain, il vit Yéchoua’ venir à lui et dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.

Poursuivons notre texte.

Genèse 22. 9 à 12 Lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham y construisit l’autel et disposa le bois. Il ligota son fils Isaac et le mit sur l’autel, par–dessus le bois. Puis Abraham étendit la main et prit le couteau pour égorger son fils. Alors l’ange de l’Éternel l’appela du ciel et dit : Abraham ! Abraham ! Il répondit : Me voici ! L’ange dit : N’étends pas ta main sur le jeune homme et ne lui fais rien ; car j’ai reconnu maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique.

Difficile d’imaginer, avec notre propre culture, la scène sans qu’aucune parole n’ait été prononcée, ni aucun problème apparent d’organisation.

Abraham ligote son fils et le place sur le bois de l’autel.

Dans les pratiques païennes de sacrifices humains, il nous est rapporté que bien souvent, les enfants premiers-nés offerts en sacrifice étaient parfaitement « consentants » et venaient avec « joie » au sacrifice. Difficile à comprendre pour nous au 21e siècle. Et pourtant….

La force de « convictions » — un lavage de cerveau diront d’autres — est capable de faire admettre des choses que notre raison refuse d’entendre. Il nous faut admettre une certaine irrationalité dans la démarche de ceux qui « s’offrent » en sacrifice.

Les commentateurs juifs ont discerné de la part d’Isaac une volonté au moins égale à celle de son père de se livrer en holocauste. Ce serait même lui qui aurait insisté auprès de son père qu’il soit lié sur le bois pour éviter que le couteau ne fasse improprement son office devant une victime tremblante.

Se pourrait-il que la volonté manifeste d’Isaac de participer activement à l’accomplissement de la demande de Dieu ait été de nature à atténuer la force de l’interdit du sacrifice humain dans l’esprit d’Abraham ?

Abraham pensait-il que seul le sacrifice de son fils pouvait faire l’expiation pour ses péchés ou ceux de son clan ?

Le fait qu’il ait envisagé la résurrection ne diminue pas l’importance du geste.

C’est l’auteur de l’épitre aux Hébreux qui citant Abraham dans l’épreuve de sa foi dit ceci : Hébreux 11. 17 à 19. C’est par la foi qu’Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac. C’est son fils unique qu’il offrait, lui qui avait reçu les promesses et à qui il avait été dit : C’est par Isaac que tu auras une descendance qui porte ton nom. Il comptait que Dieu est puissant, même pour faire ressusciter d’entre les morts. C’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là un symbole.

Qu’est-ce que le patriarche a saisi de ce symbole dont parle l’auteur que nous venons de lire ? Difficile de le dire.

Je pense pour ma part qu’Abraham avait véritablement l’intention d’offrir son fils en sacrifice. Il savait que c’était en soi la démonstration de son amour pour Dieu en même temps que sa confiance absolue qu’il ne permettrait pas que celui-ci reste dans la mort.

Il y a un pas qu’il fallait franchir et qu’il n’a pu accomplir que parce qu’Isaac s’est offert lui-même à la mort, croyant lui aussi au miracle de la résurrection.

Le commentaire du Rav. Ben Ouziel quand il affirmait qu’ils sont montés ensemble comme un seul homme, témoigne d’une lecture qui me fait affirmer que l’Akédah d’Isaac n’est pas un sacrifice humain au sens de ce qui se pratiquait chez les païens. Il s’agissait d’une offrande volontaire de celui qui fait l’offrande, comme de l’offrande vivante elle-même, une volonté « raisonnée » quoique naturellement chargée émotionnellement, un pas de foi incroyable qui n’a rien de commun aux sacrifices humains offerts dans l’antiquité.

Yéchoua’ a scandalisé ses contemporains par le fait qu’il se soit présenté comme Dieu lui-même, le Fils de Dieu. Certes !

Mais aussi parce qu’il annonçait sa mort comme expiation pour le pardon des péchés.

Et les juifs ne pouvaient envisager qu’un homme soit sacrifié pour faire l’expiation.

Et pourtant, c’est ce que laissaient présager plusieurs textes de la Torah, dont l’Akédah d’Isaac.

Plusieurs se sont interrogés sur l’identité du personnage de l’Ange de l’Éternel qui arrête le geste d’Abraham.

L’ange dit : N’étends pas ta main sur le jeune homme et ne lui fais rien ; car j’ai reconnu maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique.

Là encore, les rabbins ont suggéré que ce personnage était un ange de Dieu, mais la suite, de par ce qu’il affirme, ne correspond pas vraiment avec ce qu’un ange aurait pu dire.

  1. D’autres rabbins affirment qu’Abraham n’aurait pas répondu à l’injonction d’un ange, mais de Dieu seul ; qui plus est, non pas seulement au son d’une parole, mais aussi à une vision céleste.
  2. Les rabbins établissent une différence entre le « Élohim » du verset 1 qui formule la demande et le personnage du verset 11 et 12.
  3. Le messager dit d’un côté, j’ai reconnu que tu crains Dieu, de l’autre tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. Deux affirmations qu’un simple ange créé n’aurait pas pu prononcer.

Certains alors suggèrent qu’Abraham a eu tout simplement une vision de Dieu, tel qu’il l’avait déjà vu par le passé, lors de ses rencontres précédentes.

Bref ! Il semble bien difficile de répondre à toutes les questions que suscite le texte. Il n’empêche que la répétition au verset 12 — puis plus loin au verset 15 — de l’expression « ton fil, ton unique » n’a d’autre vocation que de souligner la dimension prophétique du passage.

Genèse 22. 13 et 14 Abraham leva les yeux et vit par derrière un bélier retenu dans un buisson par les cornes ; alors Abraham alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à cet endroit le nom d’Adonaï–Yireéh. C’est pourquoi l’on dit aujourd’hui : Sur la montagne de l’Éternel, il sera pourvu.

Sans doute qu’Abraham a poussé un soupir de soulagement, mais la tension n’est pas encore retombée que le voilà dérangé par un bruit inhabituel, le bêlement et trépignement d’un animal derrière lui.

Comment cela a-t-il pu lui échapper ? L’intense concentration du moment l’a sans doute empêché d’y prêter attention.

Toujours est-il qu’Abraham comprend immédiatement que ce bélier est là pour prendre la place d’Isaac sur l’autel. Le verset 14 semble le confirmer.

Ainsi, Abraham donne prophétiquement à ce lieu le nom : Adonaï–Yireéh — ce qui peut se traduire par L’Éternel verra. Mais par la suite, il sera dit au sujet de la Montagne de l’Éternel — ici le Mont Moriya (le lieu où sera bâti le Temple) — L’Éternel, il sera vu – souvent traduit par il sera pourvu.

Mais j’aime plutôt l’idée littéralement de « il sera vu », sous-entendant la perspective prophétique du sacrifice expiatoire du Messie qui sera vu et pas seulement pourvu.

Un dernier aspect intéressant des commentateurs juifs au sujet cette fois du bélier, mais réduit à l’état de cendres.

Nous n’avons pas le temps d’évoquer la notion de cendres dans les Écritures, mais le commentateur évoque la vision des cendres du bélier (lors de l’Akédah) par l’Éternel lui-même dans le récit de 1 Chroniques 21. 15. Dieu envoya un ange à Jérusalem pour la détruire ; et comme il la détruisait, l’Éternel regarda et il eut du regret de ce malheur. Il dit à l’ange destructeur : Assez ! Retire maintenant ta main. L’ange de l’Éternel se tenait près de l’aire d’Ornân, le Yébousien.

Pour certains rabbins, Dieu « voit » ici les cendres du sacrifice et regrette le mal qu’il s’apprête à infliger à Jérusalem. Il retient d’une certaine façon la main de l’ange destructeur sur le lieu même où sera érigé le Temple par David et Salomon.

Le commentateur évoque ces mêmes cendres au sujet du camp de Dieu (Mahanaïm) dans Genèse 32.2. Le Mékilta (un autre commentaire midrashique) précise qu’il ne s’agit d’ailleurs pas que des cendres, mais aussi du sang.

Terminons notre passage :

Genèse 22. 15 à 18 L’ange de l’Éternel appela Abraham une seconde fois du ciel et dit : Je le jure par moi–même, — oracle de l’Éternel ! parce que tu as fait cela, et que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions et je multiplierai ta descendance, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est au bord de la mer. Ta descendance aura le contrôle de ses ennemis. Toutes les nations de la terre se diront bénies par ta descendance, parce que tu as écouté ma voix.

La promesse donnée solennellement évoque une fois de plus la descendance du patriarche. Mais ici, deux éléments nouveaux apparaissent :

  1. La dimension véritablement universelle du projet de Dieu à travers la descendance d’Abraham. Si le patriarche avait encore un doute quant à la dimension de son ministère qui transcende le temps, l’espace et jusqu’à toute l’humanité, là, les choses sont claires.
  2. Ce qui est vraiment nouveau, c’est le lien établi avec le mérite d’Abraham dans cette affaire. La foi d’Abraham est valorisée comme la garantie que ces promesses seront réalisées.
    1. La foi serait-elle véritablement un « mérite » ? Le texte pourrait le laisser entendre. Dieu récompense en effet la foi des croyants, mais ici, il y a plus.
    1. L’Akédah d’Isaac n’est pas qu’une simple épreuve pour Abraham seul. Pouvait-on imaginer qu’une fois le test de la foi d’Abraham accompli, on en reste là, sans qu’il y ait de bélier à offrir ?
    1. Dieu a-t-il pris un risque en testant de la sorte Abraham son ami ? Et si Abraham avait refusé d’offrir son fils ?
    1. La foi d’Abraham devait être suivie d’un acte concret, preuve de sa foi. Et même, sur un plan prophétique cette fois, sans le sacrifice, aucune rédemption n’était envisageable par la suite.

Nous en arrivons, avant de conclure, au dernier verset :

Genèse 22. 19. Abraham s’en retourna vers ses jeunes serviteurs, puis ils se levèrent pour aller ensemble à Beér–Chéba, car Abraham habitait à Beér–Chéba.

Là encore, pas de dialogue ni de détails superflus. Abraham rentre à la maison avec ses deux serviteurs. Mais la construction de la phrase laisse supposer un réel dialogue entre Abraham et ses serviteurs, même si on n’en a pas la teneur.

Et comme je le précisais au début de notre étude, la grande question est : où est Isaac ?

On ne reparle plus de lui avant son mariage, à la fin du chapitre 24. 

Et là encore, les spéculations vont bon train à son propos :

  • Certains ont avancé qu’il était monté au paradis — ou dans le jardin d’Éden — avant de revenir bien plus tard sur la terre.
  • D’autres ont affirmé qu’il était allé étudier la Torah avec Sem et Héber. En effet, selon certaines traditions, Sem et Héber habitaient à Jérusalem et le personnage de Melchisédèk n’est autre que Sem lui-même.
  • D’autres ont pensé qu’il était allé annoncer la « bonne nouvelle » de sa résurrection à sa mère Sara. Mais d’autres ont aussi pensé que Sara avait expiré en apprenant qu’Abraham avait envisagé le sacrifice de son fils Isaac.

Difficile de retenir une hypothèse plus qu’une autre. La réalité est qu’on est sûr de rien.

Je me suis quand même prêté à l’exercice et j’ai imaginé que l’homme Isaac avait vécu une expérience à la fois formidable et proprement terrifiante.

Jusque-là, Isaac avait vécu dans l’ombre de la foi de son père Abraham. J’imagine bien le patriarche enseignant Isaac son fils sur tout ce qu’il connaissait de Dieu, les promesses, les expériences, etc.

Avec l’Akédah, Isaac a franchi un pas de géant dans sa foi et il est certain qu’il n’oublierait jamais l’expérience qu’il venait de vivre. Il a frôlé la mort, mais il a aussi appris ce que pouvait être l’espérance de la résurrection.

Cela étant, sa toute première vision de Dieu a dû être terrifiante. Un dieu qui demande la mort du premier-né.

C’est peut-être la raison pour laquelle les commentateurs juifs relient l’Akédah d’Isaac à l’expression singulière de Genèse 31. 42. Si le Dieu de mon père, le Dieu d’Abraham, la Terreur d’Isaac, n’avait été pour moi…

La première image de Dieu qui se soit imprimée dans l’esprit d’Isaac est celle de la terreur.

A-t-il retenu toute la dimension prophétique de l’événement comme son père Abraham ? Cela n’est pas certain. Sur la fin de sa vie, il connaîtra une cécité aussi bien physique qui spirituelle qui l’amènera à préférer bénir Ésaü plutôt que Jacob, la descendance choisie par Dieu.

Arrivant au terme de notre étude, il est certain que le récit de l’Akédah d’Isaac est l’un des plus passionnants en même temps que des plus mystérieux.

Le cheminement d’Abraham, depuis Ur Kasdim en Mésopotamie, a été long et plein d’expériences riches et variées. Abraham a appris énormément de choses sur la personne de Dieu.

Il a contemplé sa grandeur infinie, sa bonté, sa miséricorde à l’égard de sa personne.

Il a découvert sa place et son rôle pour amener à la foi les gens de sa génération et de sa famille.

Sa perception spatiale et temporelle dans la foi avait atteint cependant des limites. Il ne percevait pas son rôle au-delà de sa propre mort, si ce n’est de transmettre en quelque sorte le flambeau à son fils.

Avec l’expérience de l’Akédah, sa vision s’est, d’un seul coup, élargie au-delà de ce qu’il imaginait jusque-là. La foi ne permet-elle pas justement de percevoir ce qui n’est pas visible ?

Yéchoua’ dit d’Abraham une parole formidable qui nous éclaire grandement sur ce texte :

Jean 8. 56 Abraham, votre père, a tressailli d’allégresse (à la pensée) de voir mon jour : il l’a vu et il s’est réjoui.

Abraham a, je pense, compris et vu le jour où Dieu offrirait lui-même son propre fils « premier-né » pour la rédemption du monde. Il s’en est réjoui et a compris tout le sens prophétique de son expérience. Le reste de sa vie ne sera plus comme avant.

Quant à nous, quelle vision nous reste-t-il de Dieu et de l’histoire, au-delà de nos expériences personnelles ?Réjouissons-nous de ce que Dieu reste souverain et maître de l’histoire de nos vies, comme de l’Histoire avec un grand « H ».

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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