Sur les pas du Messie : Joseph… (Partie 1)

Nous pouvons quelques fois être surpris de la manière dont Dieu pave le chemin qui mène au Messie. Un peu comme lorsqu’une petite promenade s’étire en longueur au-delà de ce qu’on avait initialement prévu, on en arrive à entendre sans surprises des soupirs d’impatience et de lassitude. C’est que le temps de Dieu n’est pas notre temps. Les générations passent et chacun croit pouvoir affirmer que l’Heure est enfin venue tandis que les pas se suivent et s’enchaînent inlassablement. L’horizon semble toujours plus proche et pourtant, quand nous croyons l’atteindre, il paraît plus loin.

Abraham a salué de loin le temps du Messie qu’il ne verrait pas de son vivant. De ses fils et petits-fils, il y aurait sans doute beaucoup à dire, mais dans la perspective de notre cheminement pour découvrir le Messie, il en est un autre dont on parle presque aussi longuement dans le livre de Béréchit[1]. Il s’agit de Joseph, fils de Jacob.

Joseph est unanimement reconnu par les rabbins comme une figure du Messie. Quand bien même les commentateurs chrétiens admettent aussi cet état de fait, curieusement, la Brit ‘hadacha[2] n’en fait pratiquement pas mention. Or le texte biblique s’emploie sur de nombreux chapitres à nous narrer sa jeunesse et ses aventures, jusqu’à sa mort qui clôt pour ainsi dire le récit sur les patriarches.

Joseph est quasiment le personnage principal des chapitres 37 à 50 — un quart du livre de Béréchit. Il serait donc étonnant qu’au-delà de son histoire extraordinaire, il n’ait pas un message particulier à nous transmettre au sujet du profil du Messie.

D’ailleurs, très rapidement, Joseph est devenu un personnage central dans le messianisme juif. À tel point que l’on a reconnu en lui un modèle typologique du messie à venir. Notre lecture et notre réflexion devront donc tenir compte de cette réalité.

Au fil du temps, en relation sans doute avec ce que notre personnage a aussi vécu, les rabbins en sont venus à qualifier le messie de Messie souffrant, ou encore de serviteur souffrant en référence au texte d’Isaïe 53. Celui-ci devait être de la lignée du patriarche Joseph, d’où l’appellation « fils de Joseph ». Par ailleurs, Joseph est surnommé : « Yossef hatsadik » — Joseph le Juste ; assurément un qualificatif qui convient parfaitement au Messie.

Cela étant, dans un contexte où les attentes du peuple étaient souvent l’espérance d’une libération d’oppresseurs étrangers, le profil d’un messie souffrant était difficile à concevoir. Toutes sortes d’options ont alors été proposées. Rachi[3] a même suggéré que le Messie fils de Joseph pouvait être tout simplement le peuple d’Israël qui, au cours de l’Histoire, aurait supporté les souffrances, sans que l’on puisse véritablement comprendre lesquelles et pour quelles raisons.

Quoi que l’on puisse avoir comme opinion aujourd’hui sur le Messie fils de Joseph, nous ne ferons pas l’économie de remonter le temps et examiner ce qui dans la vie de ce patriarche a incité les commentateurs de toutes les époques à identifier dans ce personnage une figure incontestable du Messie qui vient.

Plus encore, l’histoire de Joseph ne fait pas que dessiner en filigrane le profil d’un messie qui apporterait la rédemption à l’humanité. Il est clairement identifié et qualifié par les rabbins comme le Messie qui souffre.

Sans préjuger des raisons qui ont amené les commentateurs juifs à adjuger un tel qualificatif au Messie, la vie de Joseph aura forcément une résonnance particulière avec la proposition de la majorité des commentateurs, tant juifs que chrétiens.

Les « miettes » que nous tentons de repérer sur le chemin sont parfois peu de choses et ne semblent pas combler l’appétit débordant qui est le nôtre de faire des pas de géant dans la quête du Messie. D’autres, avant nous, ont connu sans doute les mêmes frustrations. Mais commençons par le début et explorons le texte biblique. Plus que quelques « miettes », se pourrait-il que nous trouvions aussi quelques « pépites » ?

Béréchit (Genèse) 37.1-11 (traduction ZK)

1 Jacob demeura dans le pays des pérégrinations de son père, dans le pays de Canaan. 2 Voici l’histoire de la descendance de Jacob. Joseph, âgé de dix-sept ans, menait paître les brebis avec ses frères. Passant son enfance avec les fils de Bilha et ceux de Zilpa, épouses de son père, Joseph débitait sur leur compte des médisances à leur père. 3 Or Israël préférait Joseph à ses autres enfants parce qu’il était le fils de sa vieillesse ; et il lui avait fait une tunique à rayures. 4 Ses frères, voyant que leur père l’aimait de préférence à eux tous, le prirent en haine et ne purent se résoudre à lui parler amicalement.

Comme pour beaucoup de textes du même genre, les premiers enseignements que nous pouvons retenir du récit sont d’abord d’ordre éthique. Cependant, comme nous allons le découvrir, la dimension prophétique ne tarde pas à transpirer de notre passage.

Un premier point qui heurte notre approche du modèle messianique en Joseph est la description pour le moins troublante de sa naïveté, voire d’un défaut à peine admissible : la médisance. Et même si la façon dont les choses ressortent en hébreu permet des nuances de traduction, il n’en demeure pas moins l’évocation d’une attitude pas vraiment positive de la part de Joseph. Mais nous allons y revenir.

Le jeune homme a 17 ans, mais il est dit qu’il est un jeune garçon — en hébreu Na’ar. Cela suggère-t-il une certaine immaturité chez Joseph ? Les jeunes serviteurs d’Abraham dans l’affaire de l’Akédah[4], de même qu’Isaac, sont désignés avec le même terme hébreu. Or rien ne permet de penser que leur « jeunesse » ait une quelconque signification dans le récit.

Or les commentateurs tentent d’expliquer ce « défaut » manifeste dans la personnalité du patriarche par son jeune âge et la naïveté qui parfois l’accompagne. Plusieurs l’expliquent en indiquant notamment que la valeur numérique de Na’ar est la même que celle de l’adjectif choté (en hébreu un « sot »).

Quoi que l’on puisse penser de cette allégation, elle ne constitue pas une explication qui « excuserait » Joseph.

En hébreu, littéralement, on peut comprendre que le jeune homme « rapporte » à son père, les « mauvais propos » de « ses frères ». Certains traduisent : les « mauvais propos » qu’il entendait ; en d’autres termes, la mauvaise réputation des frères.

Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que le récit cherche à mettre en exergue une attitude critiquable à propos de Joseph. La suite de l’histoire tend même à souligner malheureusement l’authenticité du mal qui anime les frères de Joseph.

Alors certes, concédons à Joseph peut-être un peu de naïveté et d’immaturité dues à son âge. Rapporter à son père les mauvais propos de ses frères, comme il le faisait, n’était sans doute pas très malin, surtout quand on est le fils connu pour être le « préféré » dans la famille.

Cela étant, si Joseph avait eu connaissance des mauvais agissements de ses frères et qu’il ne les eut pas fait connaître, aurait-ce été moins sujet à débat ? Probablement tout autant.

Pour beaucoup de commentateurs juifs, ce qui au fond pose problème, dans le cas présent comme pour bien d’autres situations dans la Torah, c’est le fait de relever peut-être une attitude coupable chez un personnage qui est une figure éminemment positive, en l’occurrence dans notre récit, une figure messianique incontestée.

Joseph n’est pas le seul homme de la Bible dont on reconnaisse des qualités dignes du Messie. Le roi David l’est également. Or il ne viendrait à l’idée de personne de voir dans les échecs et les péchés de David, voire même dans sa personnalité imparfaite, un sujet qui le disqualifierait de son statut de modèle typologique du Messie.

Le début du récit de Joseph ne tente pas de mettre en relief la faillibilité du jeune homme, mais les raisons du désamour des fils de Jacob pour leur jeune frère. Cette haine des frères aînés ne tient pas formellement dans l’attitude première de Joseph, mais dans leurs comportements et agissements coupables.

La médisance du jeune garçon, pour peu qu’elle soit naïve, souligne surtout les actions mauvaises des frères de Joseph à l’insu de leur père.

La tradition juive n’est pas tendre avec les fils de Jacob. Elle suggère même que ces hommes auraient pu avoir mangé de la viande avec son sang ou encore lorgné avec envie les filles du pays.

C’est du reste ce que peut laisser supposer le comportement de Juda dans l’épisode avec la fille de Choua et Tamar au chapitre 38.

Décidément, cette famille est loin d’être parfaite. Il y a toujours des rivalités, des querelles et Jacob, le père, ne se présente pas comme le meilleur des pédagogues. En effet, Israël aimait Joseph plus que tous ses autres fils, parce qu’il l’avait eu dans sa vieillesse. Le fait que cela soit mentionné (v.3) et que cela ait attisé davantage encore la haine des frères est moins une « excuse » pour les protagonistes de cette histoire qu’un constat désolant.

En témoignage de son amour, Jacob avait fait faire pour Joseph une tunique multicolore. La tradition précise que celle-ci avait été confectionnée à partir de la robe nuptiale offerte par Jacob à Rachel, la mère de Joseph décédée. Cette précision n’est pas anodine et nous y reviendrons dans un moment.

L’auteur de Béréchit brosse un tableau de la famille de Jacob qui laisse aisément augurer de la suite. Cela ne peut, hélas que mal se terminer.

Jacob ne brille pas dans l’éducation de ses enfants. La situation semble même lui échapper quelque peu. Ses fils suivent de plus en plus de mauvaises voies qui les préparent à commettre in fine un crime épouvantable.

Pour Joseph — le fils préféré — Jacob se comporte en père très protecteur sans vraiment se rendre compte de l’incidence négative que cela a sur les relations de ce dernier dans la fratrie.

On le comprend aisément. Ce modèle familial n’est évidemment pas à suivre en exemple. Aussi, je ne m’attarderais pas à énumérer toutes les conclusions morales que l’on pourrait tirer de la lamentable expérience de Jacob en matière d’éducation.

En réalité, je ne pense pas que l’auteur ait voulu émettre de jugement formel sur la famille de Jacob. Il se contente surtout de planter le décor d’une « aventure » qui commence par un contexte aux allures plutôt défavorables pour celui qui doit devenir le « sauveur » de sa famille et même de tout le monde antique dans sa génération.

Connaissant la suite du récit, il nous faut alors prendre un peu de hauteur et saisir le sens profond et prophétique de ce qui en apparence nous échappe à nous aussi.

Au chapitre 45 — bien des années plus tard — Joseph tente de faire prendre conscience à ses frères que ce qu’ils avaient vécu dans leurs jeunes années avait eu un sens qui les avait dépassés. Ils ne s’en trouvent pas pour autant excusés de la haine qu’ils avaient témoignée à leur frère, mais en réalité, ce qui semble hors de contrôle dans ce récit demeure au bout du compte entre les mains de Dieu.

C’est pourquoi Joseph ne craint pas d’affirmer à ses frères que le Seigneur avait un projet dont il avait la parfaite maîtrise dès avant l’élaboration de leur plan à eux pour le livrer aux mains des caravaniers madianites qui descendaient en Égypte.

Béréchit 45. 4-5.

4 Joseph dit à ses frères : « Approchez-vous de moi, je vous prie. » Et ils s’approchèrent. II reprit : « Je suis Joseph, votre frère que vous avez vendu pour l’Égypte. 5 Et maintenant, ne vous affligez point, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m’avoir vendu pour ce pays ; car c’est pour le salut que le Seigneur m’y a envoyé avant vous. 

Nous ne pouvons que rendre gloire à Dieu qui a su transformer les échecs patents de ces hommes en « réussites » et dessiner la toile de fond d’un projet messianique qui traverse l’Histoire.

Mais de l’immense intention divine, les patriarches n’en ont eu guère la perception. Tout au plus, Joseph, dans ses dernières années, reconnaissait la main de Dieu sur sa propre existence. L’auteur de notre récit nous laisse peut-être un petit indice en précisant au sujet de Jacob, au verset 11 du chapitre 37 — mais son père retint ces choses. Se doutait-il de quelque chose ?

Jacob a l’avantage des années. L’expérience lui a appris une chose. Dieu reste souverain, même quand tout semble aller de travers. Il se souvient sans doute de ses jeunes années avec Ésaü, de la manière dont il avait usurpé le droit d’aînesse à son frère, trompé son père dans des conditions à peine imaginables, avec, au passage, sa mère en complice avisée. Plus tard, il avait lui-même fait l’objet de trahison et de tromperie chez Laban, et même par ses épouses jalouses l’une de l’autre.

À présent, il se sait probablement abusé par ses fils aînés et peut-être se dit-il que Joseph a un rôle à jouer dans la transmission de l’Alliance à la génération suivante. Sa foi et son espérance ont été transformées par l’expérience de Peniel, tandis qu’il revenait en Canaan. Il ne se doute pas encore de la façon dont Dieu va le mettre une nouvelle fois à l’épreuve avec les histoires troubles de ses fils.

Mais qui peut décemment jeter la pierre au patriarche pour ses erreurs ? Quant à la dimension prophétique du récit, à ce stade, elle semble bien obscure. Aucun des acteurs de cette histoire ne semble conscient des enjeux et moins encore de l’issue que nous lirons quelques chapitres plus loin.

Si l’auteur prend la peine de décrire la façon dont Joseph est vêtu — avec la fameuse tunique multicolore — c’est en raison de sa signification prophétique. Les couleurs et la nature même de cette tunique sont le symbole de la royauté, un signe que les frères de Joseph ont bien compris et qui n’a pas manqué d’exciter leur jalousie à fleur de peau.

La tunique bigarrée se retrouve plus loin mentionnée (Béréchit 37. 31-32) pour permettre l’identification de Joseph déclaré mort à son père. C’est donc au travers de son vêtement que Joseph est en quelque sorte mis à mort. Sa qualité royale est d’une certaine façon la raison même de sa condamnation.

Or le psaume 22, au verset 19, évoque de manière toute particulière une tunique tirée au sort.

19 Ils se partagent mes habits, ils tirent au sort mes vêtements. (ZK)

Littéralement, nous pourrions traduire en accentuant : ils se partagent entre eux mes habits, ils tirent au sort mon vêtement.

Le psaume 22 est reconnu unanimement par tous les commentateurs comme évoquant le Messie.

Comment ne pas alors relier la tunique de Joseph imbibée de sang avec celle du Messie souffrant — avec celle du roi humilié, quoique revêtu d’autorité ?…

La tunique de Joseph est sans conteste celle du psaume 22, celle du Messie fils de David, celle du Messie-roi rejeté et mis à mort.

Par ailleurs, peut-on mettre en doute ce que nous rapportent les soldats qui ont crucifié Yéchoua’ ?

Jean 19. 23-24.

Les soldats, après avoir crucifié Yéchoua’, prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d’un seul tissu d’en haut jusqu’en bas. 24 Ils se dirent entre eux : Ne la déchirons pas, mais désignons par le sort celui à qui elle appartiendra.

L’évangéliste Jean fera lui-même remarquer la concordance entre la prophétie et les faits dont il a été lui-même le témoin (v.25).

Assurément, la tunique de Joseph, objet de tant de jalousie, élément confirmant à tort la mort de ce fils préféré, n’est pas mentionnée au hasard. Elle relie le fils du père, haï par ses frères, à une autre histoire, à celle du Messie qui va souffrir.

Le récit de Joseph ne fait que commencer et nous allons voir ainsi une multitude de petits détails venir en écho, longtemps après, et enfoncer les clous de certitudes en lente construction.

L’histoire de Joseph ne revêt pas un caractère prophétique uniquement par les faits qu’elle relate. Le jeune homme est aussi travaillé par des songes qui ne font qu’ajouter encore un peu plus de trouble aux relations déjà compliquées dans la famille.

5 Joseph, ayant eu un songe, le conta à ses frères et leur haine pour lui s’en accrut encore. 6 II leur dit : « Écoutez, je vous prie, ce songe que j’ai eu. 7 Nous composions des gerbes dans le champ, soudain ma gerbe se dressa ; elle resta debout et les vôtres se rangèrent à l’entour et s’inclinèrent devant la mienne. » 8 Ses frères lui dirent : « Quoi ! Régnerais-tu sur nous ? Deviendrais-tu notre maître ? » Et ils le haïrent plus encore, pour ses songes et pour ses propos. 9 Il eut encore un autre songe et le raconta à ses frères en disant : « J’ai fait encore un songe où j’ai vu le soleil, la lune et onze étoiles se prosterner devant moi. » 

10 II le répéta à son père et à ses frères. Son père le blâma et lui dit : « Qu’est-ce qu’un pareil songe ? Eh quoi ! Nous viendrions, moi et ta mère et tes frères, nous prosterner à terre à tes pieds ! » 11 Les frères de Joseph le jalousèrent ; mais son père retint l’affaire. 

De nos jours et dans le contexte occidental où nous vivons, les « révélations » divines au travers de rêves ou visions sont peu communes. Le mode de pensée rationnelle et matérialiste empêche bien souvent d’accepter cette manière singulière de communiquer[5].

Dans le cas présent, la famille de Jacob ne rejette pas par principe les rêves du jeune garçon, mais plutôt leurs trop évidentes significations. Car il n’est nul besoin d’une longue réflexion pour discerner le sens évident du double rêve de Joseph. Ce qui questionne le lecteur, c’est plutôt la raison d’un tel rêve à ce moment précis de la vie de Joseph.

Aujourd’hui, si nous entendions Joseph raconter son rêve, nous souririons peut-être devant tant de naïveté. Nous tenterions aussi de le ramener à d’autres réalités… comme faire ses devoirs sans trop en rajouter.

Raconter de tels rêves à ses frères aînés déjà remontés contre lui n’était décidément pas la meilleure idée qu’ait eue Joseph. C’est peut-être à cet endroit que l’on pourrait juger la maladresse de l’adolescent.

Même si le sens de ses rêves est assurément facile à comprendre, il est heureux que Joseph n’ait pas attisé davantage le feu en donnant lui-même une explication, puis en poussant ses frères à se conformer de bon gré à la vision qu’il avait eue.

Bien entendu, connaissant la suite du récit, il nous est sans doute aisé d’interpréter et voir l’accomplissement au moins partiel du rêve dans les chapitres qui suivront.

À ce stade cependant, le père de Joseph réprimande son fils, mais — comme l’auteur le précise au verset 11 — Jacob conserve le souvenir de ces événements. N’avait-il pas eu lui-même bien des révélations de cette manière ?

S’agissant du second rêve, dont là encore la traduction n’est que trop évidente, il y a peut-être quelques questions à se poser. En effet, comment interpréter la manière dont les frères de Joseph, mais aussi Jacob et surtout Rachel, la mère de Joseph déjà décédée, pourraient se prosterner ensemble devant Joseph ?

Bien sûr quand Jacob descendra en Égypte, il ne manquera pas de se prosterner, avec toute sa famille, devant Joseph devenu 1er intendant de toute l’Égypte.

Certains ont suggéré alors que Jacob — dans sa lecture du rêve — faisait en fait allusion non à Rachel (la mère décédée de Joseph), mais à Léa, sa belle-mère. C’est bien sûr une hypothèse. Sauf que le texte en hébreu a bien la mère et non la belle-mère. Par ailleurs, Léa est également décédée en Canaan et ne fait pas partie du voyage avec Jacob. Elle n’a donc jamais revu Joseph.

C’est là qu’il nous faut relier le texte à sa portée prophétique et messianique. Si le rêve de Joseph ne s’est pas accompli en Égypte dans sa génération, il nous faut admettre qu’il pointe à un événement encore à venir, celui où toute la famille d’Israël avec Rachel — après la résurrection — se prosternera devant le prince Messie.

Nous n’en sommes qu’au tout début des aventures prophétiques et messianiques de Joseph. Ses deux premiers rêves sont arrivés à un moment fort peu opportun pour être « entendus ».

Tout porte à croire que la suite de sa vie ne sera faite que « d’accidents » de parcours aux sens incertains.

Or rien n’est aussi maîtrisé que lorsque nous soumettons à Dieu nos propres cheminements. Joseph va apprendre dans la souffrance cette leçon de vie.

N’est-ce pas aussi ce par quoi Yéchoua’ est passé ? Les disciples semblaient voir tout leur échapper. Le Satan croyait lui-même avoir emporté la partie.

Dieu avait cependant le contrôle parfait de la situation et son plan prophétique pour le Messie s’est accompli à la lettre.

[1] La Genèse.

[2] La Nouvelle Alliance – le Nouveau Testament.

[3] Rachi (Rabénou Chlomi Itsraki) est l’un des plus grands commentateurs juifs du Moyen-âge.

[4] Genèse 22.

[5] Cela étant, dans certaines régions du monde, les songes sont davantage « écoutés » et acceptés.

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ATHIA Guy

Directeur des publications du Berger d’Israël.

Vice-président de Beit Sar Shalom.

Conférencier et enseignant.

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